Acheter une voiture neuve et se retrouver avec une carte grise impossible à obtenir, c’est le cauchemar vécu par de nombreux clients de Forest Automobile. Liquidée en mars 2025, cette petite marque française a laissé ses acquéreurs dans l’incertitude, incitant certains à former un collectif pour faire entendre leur voix.

Une mésaventure législative inattendue
La France n’a jamais été aussi favorable à l’artisanat automobile que le Royaume-Uni, et cela se vérifie une fois de plus avec le casse-tête autour de Forest Automobile. Basée dans l’Aisne, près de Laon, cette petite entreprise a réussi à écouler 86 exemplaires de son véhicule avant de fermer ses portes. En mélangeant la carrosserie d’une Citroën Méhari avec le look d’un Jeep Wrangler, elle a attiré des clients nostalgiques. Cependant, seulement 23 véhicules ont pu obtenir une carte grise entre octobre 2022 et octobre 2024, laissant le reste de la production dans une situation précaire. D’après les acheteurs concernés, l’État aurait commencé à bloquer les immatriculations progressivement dès le premier semestre 2023. Ainsi, près des deux tiers des voitures vendues par Forest Automobile sont désormais illégales sur la route.

La Forest : un modèle à l’histoire complexe
Le véhicule commercialisé par Forest Automobile n’est pas totalement nouveau. Il avait déjà été proposé entre 2002 et 2008 sous le nom de Fargo par la marque De Fremond. À l’époque, seulement 60 exemplaires avaient été produits. Lorsque Forest a relancé ce modèle en 2022, il s’est avéré que sa conception était déjà dépassée. Équipé d’un kit de conversion à l’éthanol, son moteur quatre-cylindres 1.1 ou 1.4 atmosphérique appartenait à une génération ancienne, répondant uniquement à la norme antipollution Euro 3, abandonnée depuis 2006. Ce manque de mise à jour technologique ne joue pas en faveur des acheteurs aujourd’hui.

L’État pris pour cible
Les clients de Forest Automobile ne cachent pas leur frustration envers l’État. Après avoir validé une vingtaine de cartes grises pour ces véhicules, l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), désormais rebaptisée France Titres, semble avoir changé de cap. Les membres du « comité Fargo des WW » n’hésitent pas à accuser l’État « d’incompétence et d’amateurisme », affirmant qu’il a été complice d’une escroquerie. Selon eux, l’ANTS et le CERT (Centre d’expertise et de ressource des titres) n’ont pas rempli leur rôle de contrôle des certificats d’homologation.

Ils ajoutent que l’État refuse de rechercher une solution compromise qui aurait permis aux véhicules légers (750 kg) de rouler légalement, comme il l’a fait avec certaines « kit cars » basées sur des modèles anciens. Une allusion explicite aux voitures comme la Burton que nous avons pu essayer récemment.
Des solutions proposées par les clients
Pour tenter de sortir de cette impasse, le collectif a formulé plusieurs propositions. L’une des options serait que leurs véhicules Fargo soient reclassés comme véhicules d’occasion après un contrôle technique positif. Il est possible que certains exemplaires aient déjà passé cet examen avec succès selon la norme Euro 3 lors des tests de pollution. Cela permettrait ainsi aux voitures de circuler légalement.
En revanche, une alternative plus radicale consisterait à demander à l’État un remboursement d’environ 20 000 € pour chaque véhicule concerné, lequel serait alors mis à la casse. Représentés par un avocat spécialisé en droit administratif, les membres du collectif espèrent naturellement que la première solution sera adoptée.
En résumé
- Forest Automobile a liquidé ses activités en mars 2025 après avoir vendu 86 voitures.
- La majorité des véhicules ne peuvent plus être immatriculés légalement.
- Les clients reprochent à l’État son inaction face à leur situation.
- Le collectif a formulé plusieurs propositions pour régulariser leurs véhicules.
- Les moteurs des voitures sont obsolètes et ne respectent pas les normes actuelles.



