Le charme rétro du Ineos Grenadier attire les aventuriers, mais la réalité du marché est moins glorieuse. Avec des moteurs BMW sous le capot et une allure qui évoque les grands classiques, ce 4×4 made in England ne parvient pas à faire le poids face à la concurrence. Les ambitions de Jim Ratcliffe, le patron d’Ineos, semblent s’effriter comme une vieille peinture sur un véhicule laissé à l’abandon dans un garage.

Un camion qui a du style, mais pas que ça

Le Grenadier a fait son apparition en 2022, avec un nom qui évoque le pub londonien favori de Ratcliffe. Construire un remplaçant au Land Rover Defender, voilà l’ambition. Avec son design robuste et utilitaire, on pourrait penser qu’il s’agit d’un hommage aux héros du passé, comme un vieux rockeur qui refuse de raccrocher sa guitare. Mais derrière cette apparence séduisante se cache une réalité plus sombre : malgré une augmentation de 40% des ventes l’année dernière, l’entreprise a enregistré des pertes à neuf chiffres pendant deux années consécutives. Le monde automobile n’est pas tendre avec ceux qui rêvent trop grand sans avoir les moyens de leur ambition.

La production du Grenadier se fait en France, avec une capacité ciblée de 25 000 unités par an. Mais à ce rythme, on se demande si Ineos ne pourrait pas se retrouver sur la touche avant même d’avoir franchi la ligne d’arrivée. Les clients potentiels sont là, mais le constructeur ne semble pas encore capable de leur livrer les véhicules qu’ils désirent. Au lieu de cela, ils se contentent de quelques centaines de ventes, un chiffre qui ferait pâlir d’envie un garage artisanal dans une petite ville.

Intérieur du Ineos Grenadier
Un intérieur brut et fonctionnel qui rappelle l’ère des 4×4 classiques.

Une vision presque réalisée

Le Ineos Grenadier incarne une vision audacieuse : des 4×4 robustes et fiables, conçus pour le travail et l’aventure. Il arbore fièrement des éléments techniques impressionnants : une construction en échelle, des essieux solides et des équipements off-road dignes des plus grands aventuriers. Imaginez-vous au volant, roulant sur des terrains difficiles, entouré de paysages à couper le souffle. Cependant, même cette beauté technique semble insuffisante pour séduire un large public. Le Grenadier doit se battre non seulement contre des mastodontes comme le Ford Bronco ou le Jeep Wrangler, mais aussi contre ses propres failles structurelles.

La version pickup, le Grenadier Quartermaster, apporte un soupçon de polyvalence supplémentaire. Mais là encore, la promesse de l’aventure se heurte à la dure réalité du marché. Les ambitions de vendre jusqu’à 25 000 unités par an apparaissent aujourd’hui comme un doux rêve dans un secteur où la concurrence est féroce et où chaque euro compte. Les temps sont durs, et les chiffres de ventes parlent d’eux-mêmes : environ 233 unités écoulées en seulement dix mois cette année.

La rentabilité, un mirage lointain

Pourtant, les caractéristiques techniques du Grenadier font tourner les têtes. Son moteur BMW turbo six cylindres offre une conduite douce, bien plus agréable que celle de ses rivaux. Mais cela ne suffit pas à compenser le fait que le prix de ce bijou atteigne facilement six chiffres aux États-Unis après l’application des taxes douanières. Imaginez vous retrouver dans un salon de luxe entouré de belles œuvres d’art, mais avec l’étiquette de prix d’une maison entière. C’est le dilemme auquel sont confrontés les clients potentiels.

Le marché américain est censé être le plus important pour le Grenadier, représentant environ 60% des ventes. Cependant, les nouvelles taxes douanières viennent alourdir un prix déjà élevé. Le rêve d’un 4×4 abordable devient une utopie pour beaucoup. Pour faire face à cette situation, Ineos pourrait envisager des solutions alternatives, telles que l’électrification ou même des partenariats stratégiques pour réduire les coûts.

Pensées finales sur l’avenir d’Ineos

Ineos n’est peut-être pas encore mort, mais il est certainement dans une situation délicate. Le constructeur envisage des plans d’électrification et même un modèle rebadgé basé sur un petit SUV chinois, ce qui pourrait s’avérer être une trahison à sa propre philosophie de simplicité et d’authenticité. Dans un paysage automobile en pleine mutation où l’électrique prend le pas sur le thermique, il serait sage pour Ineos de trouver un moyen d’évoluer sans perdre son âme.

Comme l’a dit le PDG Lynn Calder : « Nous sommes trop petits pour investir massivement dans le développement de produits que nous ne pouvons pas vendre dans les marchés clés ». Ces mots résonnent comme une alarme pour tous ceux qui espèrent voir le Grenadier triompher sur les routes.

Sources officielles :

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