Si vous pensiez que le luxe était réservé aux grandes berlines, détrompez-vous ! La Chevrolet Nova Concours de 1977 prouve que l’ambition peut parfois avoir un goût amer. Entre sizzle et steak, plongeons dans l’univers d’une voiture qui a tenté de jouer dans la cour des grands sans vraiment y parvenir.

Un contexte automobile en pleine mutation

En 1975, une étrange convergence s’est produite : les trois grands constructeurs américains ont lancé des versions luxueuses de leurs voitures compactes. Ford et Chevrolet avaient chacun leur modèle, le Granada et la Nova, tous deux destinés à conquérir le cœur des acheteurs américains. Tandis que le Granada se conformait à la formule LTD avec un niveau de finition appréciable dès la version de base, la Nova devait, quant à elle, couvrir tout le spectre compact, se hissant à une nouvelle finition haut de gamme, le LN, qui deviendra le Concours en 1976.

Malgré des cibles de marché similaires, ces deux véhicules étaient fondamentalement différents. Et leur succès commercial allait rapidement montrer à quel point leurs chemins divergeaient.

Le style avant tout

Il y a quelques temps, nous avons décerné le prix de « la voiture la plus déprimante » au Ford Granada 1975, avec la mention « un triomphe du style sur la substance ». Les chiffres parlaient d’eux-mêmes : 0,28 chevaux par pouce cube, une puissance totale de 70 chevaux, un rapport poids/puissance désastreux et un temps d’accélération de 0 à 60 mph en 23,15 secondes. Le Granada se basait sur une plateforme élargie du Falcon de 1960, et son comportement routier était décrit comme ayant « une liberté excessive de roulis, de tangage et de rebond ». Autrement dit, le plaisir de conduite n’était pas vraiment au rendez-vous.

À cette époque, le génie marketing de Lee Iacocca chez Ford brillait de mille feux. La crise énergétique de 1974 avait fait fuir de nombreux acheteurs de grosses berlines vers des modèles plus compacts. En 1975, les acheteurs étaient prêts à faire un pas vers les compactes, mais ils exigeaient des commodités et un style dignes de leurs précédentes LTD.

La Nova face à la concurrence

Du côté de General Motors, les choses étaient bien différentes. La Nova de 1975 devait satisfaire tous les segments du marché, du bon marché au sportif, en passant par le luxe. Le design de la Nova trahissait une influence BMW plutôt qu’un quelconque penchant pour le style Ford. Avec ses proportions longues et sa silhouette rappelant celle du Camaro, la Nova était indéniablement une voiture avec une belle allure.

Les modifications apportées à la carrosserie de 1975 ont principalement concerné la partie arrière, tandis que l’avant partageait sous-châssis et suspension avec le Camaro de 1971, considéré comme l’une des voitures sportives les mieux maniées à l’époque. Cette parenté avec le Camaro offrait à la Nova un comportement routier bien plus séduisant que celui de son concurrent direct.

À l’intérieur, un espace restreint

À l’intérieur, la Nova se positionnait comme la meilleure berline domestique entre 1975 et 1977. Bien que la nouvelle Impala/Caprice de 1977 ait apporté une concurrence sur ce terrain, la Nova se distinguait par sa compacité et sa vivacité. Avec un moteur V8 de 350 pouces cubes, elle devenait même rapide pour une berline. Je me souviens d’une expérience personnelle : à l’époque où je travaillais pour Iowa City Transit, j’ai eu l’occasion de conduire une Nova blanche de 1976. Avec ses pneus robustes et sa suspension F-41, elle offrait une expérience de conduite surprenante pour une berline familiale. Son comportement était agile et sa direction rapide — presque étonnant pour un modèle à six cylindres.

Une fin annoncée

Malgré ses atouts, la Nova Concours n’a pas réussi à convaincre le public. Son nom a même été modifié en « Concours by Chevrolet » dans une tentative désespérée de lui donner un peu plus de prestige. Les acheteurs, cependant, n’étaient pas au rendez-vous. Les ventes ont chuté et, en 1978-1979, la Nova Custom a été introduite avec quelques éléments esthétiques conservés, mais sans le niveau de finition qui avait fait la réputation de la Concours.

Les années suivantes ont vu une explosion de nouveaux modèles GM qui ont ravi les acheteurs avec des designs modernes et spacieux, laissant derrière eux des véhicules comme la Nova, qui paraissaient désormais obsolètes.

Conclusion : un mélange de charme et de désillusion

La Chevrolet Nova Concours 1977 illustre parfaitement la dichotomie entre ambition et réalité. Bien qu’elle ait tenté d’incarner un luxe accessible, elle n’a pas réussi à s’imposer face à des rivaux plus convaincants. Pourtant, elle demeure un symbole d’une époque où les constructeurs américains cherchaient à se réinventer au milieu des turbulences du marché. Un dernier clin d’œil à un modèle qui a su séduire tout en trébuchant sur ses propres ambitions.

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