Une simple fracture de la main gauche, survenue lors d’un entraînement anodin, vient compliquer la vie de KTM et du team Tech3. Alors que Maverick Viñales est toujours convalescent d’une opération à l’épaule, son remplaçant potentiel, Pol Espargaró, se retrouve lui aussi sur la touche. Une situation jugée « inconcevable » par le nouveau propriétaire de Tech3, Günther Steiner, qui milite pour l’instauration de pilotes remplaçants permanents en MotoGP.

Quand une chute anodine met un team en difficulté
Le MotoGP, c’est parfois une affaire de timing. Et pour Pol Espargaró, le sien est particulièrement malheureux. Le pilote d’essais et de développement de KTM s’est fracturé la main gauche il y a deux semaines, lors d’un entraînement. Une blessure a priori bénigne, mais qui survient au pire moment pour l’écurie autrichienne et sa structure satellite Tech3. En effet, Maverick Viñales, pilote titulaire chez Tech3, est toujours en convalescence après une opération à l’épaule subie après le Grand Prix des Amériques.
Initialement pressenti pour remplacer Viñales sur sa M1 officielle à Jerez, Pol Espargaró a dû renoncer à cause de sa propre blessure. Le Grand Prix d’Espagne s’est donc déroulé sans remplaçant pour le pilote espagnol. La situation perdure pour le Grand Prix de France au Mans, où Jonas Folger a été appelé en renfort. Mais l’incertitude plane encore pour le prochain rendez-vous, le Grand Prix de Catalogne, où Viñales pourrait toujours être absent. Et si c’est le cas, Pol Espargaró pourrait bien ne pas être en mesure de prendre sa place, malgré le besoin criant de KTM et Tech3.
Pol Espargaró : « C’est la blessure la plus bête »
Rencontré à Barcelone lors de la présentation du Grand Prix de Catalogne, Pol Espargaró n’a pas caché sa frustration. « De toutes les blessures que j’ai eues au cours de ma carrière sportive, c’est sûrement la plus bête ou la moins grave, mais elle nécessite un temps de récupération », a-t-il confié à Motorsport.com. Le pilote espagnol est en désaccord avec son médecin, le Dr. Xavier Mir, concernant les dates de retour possibles. « J’envisage certaines dates, mais il m’en fixe d’autres. Il faut donc être patient, car c’est le médecin qui décide », explique-t-il, ajoutant qu’en tant que pilote de développement, il peut se permettre un peu plus de temps pour récupérer.
Ce concours de circonstances l’empêche de saisir des opportunités précieuses. « Ça peut paraître dur, mais je passe toute l’année à attendre ces occasions dues à l’absence d’un coéquipier, pour donner un coup de main à l’usine et pouvoir obtenir un bon résultat », regrette-t-il. « Mais pour être compétitif, je dois être au meilleur de ma forme et m’entraîner, et cela comporte un risque de blessure. »
Le besoin d’un pilote remplaçant permanent
L’imbroglio actuel met en lumière une carence structurelle en MotoGP : l’absence officielle de pilotes remplaçants permanents. Si KTM désigne Pol Espargaró comme « pilote de réserve », ce rôle n’est pas formalisé par le règlement. Une situation que le championnat cherche à corriger, comme l’a récemment révélé Motorsport.com, avec l’idée d’introduire un tel poste pour chaque équipe.
Pol Espargaró, qui assiste déjà à tous les Grands Prix en tant que commentateur télévisé, voit cette proposition d’un bon œil. Il a d’ailleurs échangé sur le sujet avec Günther Steiner, le nouveau propriétaire de Tech3, fraîchement débarqué de la Formule 1. « Pour eux, qui viennent de la Formule 1, il est inconcevable qu’une voiture reste à l’arrêt dans le stand pendant une séance d’essais ou une course et qu’elle ne roule pas », rapporte Espargaró. « Je pense que son point de vue est pertinent. »
Il nuance toutefois : « Le MotoGP n’est pas comparable à la F1. Le risque qu’un pilote prend le samedi en montant sur la moto pour remplacer un coéquipier blessé le vendredi est bien plus grand que ce qui se fait en auto. Mais il est également vrai que, d’un point de vue économique et sportif, laisser une moto à l’arrêt dans le stand n’est pas l’idéal. » Un accord entre les instances dirigeantes, les équipes et les pilotes est nécessaire, mais Espargaró se dit prêt à endosser ce rôle, à condition d’être physiquement apte.
La frustration de Maverick Viñales, entre espoir et réalité
Pol Espargaró n’a pas eu de contact récent avec Maverick Viñales. Il ignore où en est exactement sa convalescence, sachant que le pilote de Roses traîne une blessure à l’épaule depuis l’été dernier. « Je parle peu avec Maverick car je comprends à quel point cela doit être frustrant pour lui de se trouver dans cette situation où il essaie de revenir et n’y parvient pas à cause de sa blessure », explique l’Espagnol. « Je suis passé par là, je sais ce qu’on endure et il faut le laisser tranquille. »
Il dépeint Viñales comme un « pilote de la vieille école, passionné », qui prend son sport très au sérieux. « Pour lui, la moto n’est pas un simple travail, c’est bien plus que cela, et je sais qu’il traverse une période très difficile. Il est le premier à vouloir revenir, personne n’en doute, mais cela dépendra de son état physique, qui devra être optimal », conclut le plus jeune des frères Espargaró.
Ce qu’il faut retenir de cette situation :
- La blessure de Pol Espargaró, bien que mineure, pénalise KTM et Tech3 dans leur gestion des remplacements.
- L’absence de pilote remplaçant permanent en MotoGP est pointée du doigt par des acteurs comme Günther Steiner.
- L’instauration d’un tel rôle pourrait améliorer la continuité sportive et économique des équipes.
- La convalescence de Maverick Viñales reste un point d’interrogation majeur pour les prochaines courses.
- Pol Espargaró se dit prêt à assumer ce rôle de remplaçant, mais conditionne sa disponibilité à sa pleine forme physique.




