Le directeur technique moteur de Red Bull, Ben Hodgkinson, exprime des doutes quant à l’efficacité du système ADUO destiné à rétablir l’équilibre entre les équipes. Plutôt qu’un compromis technologique, il plaide pour une véritable lutte entre motoristes, plus excitante et authentique.
Qu’est-ce que l’ADUO ?
L’ADUO, ou Additional Development and Upgrade Opportunities, est un dispositif qui accompagne la nouvelle réglementation moteur prévue pour 2026. Son but ? Permettre aux motoristes moins performants de rattraper leur retard en leur offrant des évolutions supplémentaires par rapport à leurs concurrents. Une bonne intention, mais qui pourrait se heurter à la réalité des circuits.
Le principe est simple : après chaque série de six courses (après la 6e, la 12e et la 18e), les performances des moteurs seront évaluées. Si un moteur se retrouve entre 2 % et 4 % en dessous de la puissance de référence, une évolution sera autorisée. Si l’écart dépasse les 4 %, deux évolutions pourront être mises en place. Cela ressemble à un plan bien ficelé, mais Ben Hodgkinson reste sceptique quant à son efficacité.
Les réserves de Red Bull
Malgré le soutien technique de Ford et l’introduction de son premier moteur cette saison, Hodgkinson n’est pas convaincu que l’ADUO soit la solution miracle. « Personnellement, j’adorerais qu’on se passe de l’homologation, que l’on ait une lutte sans merci, » déclare-t-il. Pour lui, un tel système pourrait nuire à la compétition, car il introduit des éléments de compensation qui diluent le mérite des meilleurs.
En marge de la présentation des livrées des écuries, il a ajouté : « Nous avons un plafond budgétaire et nous avons des limites d’heures au banc d’essai. Je crois donc qu’il y a assez de limites sans avoir besoin de ça. » Un argument qui fait réfléchir sur la nature même de la compétition en Formule 1.
La complexité du développement moteur

Le showcar Red Bull F1 lors de la présentation de la livrée 2026.
Au-delà des mécanismes de compensation, Hodgkinson met également en lumière un autre défi : le temps nécessaire pour développer et intégrer de nouvelles pièces sur les unités de puissance. « Est-ce que cela récompense suffisamment ceux qui font les bons choix ? Je pense que oui, » affirme-t-il, mais il insiste sur le fait que le temps de gestation d’une idée dans le domaine des moteurs est beaucoup plus long que dans celui des châssis.
Il explique : « Donc, si je dois apporter une modification, je n’ai pas seulement deux voitures à faire évoluer, j’ai toute une flotte de moteurs dans le parc. Je peux donc avoir 12 unités motrices à mettre à jour, ce qui prend du temps. » En effet, chaque évolution nécessite une attention particulière, et le développement de composants moteurs exige une précision d’horloger.
Un processus long et délicat
Hodgkinson souligne également les contraintes liées à l’homologation : « Nous ne pouvons pas vraiment nous lancer dans quelque chose qui n’aurait pas fait ses preuves, car on risquerait de s’exposer à de nombreuses difficultés. » Ainsi, chaque nouvelle pièce doit répondre à un niveau minimum de fiabilité avant d’être mise en course. Les composants métalliques de haute précision, essentiels au fonctionnement optimal des moteurs, demandent souvent jusqu’à 12 semaines de fabrication. Et il faut ensuite un temps similaire pour tester et installer ces pièces dans le parc moteur.
En somme, même si l’ADUO vise à réduire les écarts de performances, Hodgkinson ne croit pas qu’il changera fondamentalement les dynamiques de course. « Je pense que si une équipe dispose d’un avantage au niveau du moteur lors de la première course, il faudra un certain temps avant que les autres puissent rattraper leur retard. » Une prédiction qui pourrait bien s’avérer vérifiée sur la piste.
Les enjeux de la compétition
Pour rappel, Red Bull semble faire partie des équipes qui ont exploré des zones grises réglementaires concernant le taux de compression. L’écurie assure n’avoir aucun doute sur la légalité de son bloc moteur. Toutefois, cette situation soulève la question de l’équité en Formule 1 : faut-il vraiment un système comme l’ADUO pour garantir une compétition équilibrée ? La passion des fans et l’excitation des courses ne reposent-elles pas sur une véritable rivalité entre les équipes ?
Alors que la saison 2026 approche à grands pas, les discussions autour du système ADUO soulignent la complexité des enjeux techniques et sportifs en Formule 1. Entre désir d’égalité et quête de performance pure, le dilemme reste entier et promet des débats animés dans les paddocks.



