BB, bien plus qu’un mythe : une vie de rupture
Brigitte Bardot, c’est un raccourci culturel. Deux lettres, et tout revient : les années 50 qui basculent, la sensualité assumée, la Côte d’Azur comme décor permanent, Saint-Tropez comme aimant. Mais derrière l’icône, il y a une trajectoire faite de ruptures.
Bardot est née à Paris en 1934. Elle commence par la danse, le mannequinat, puis le cinéma. Son ascension est fulgurante : elle devient une vedette internationale après le film Et Dieu… créa la femme (1956), et incarne une forme de libération des mœurs, souvent commentée comme un choc culturel autant qu’un succès populaire.
Le revers est violent : la célébrité de masse, l’intrusion permanente, la pression. Bardot vivra longtemps ce paradoxe : être partout, tout en voulant disparaître. Et c’est précisément là que la voiture prend une place particulière dans son récit : non pas comme trophée, mais comme outil de mouvement, d’échappée, de quotidien.
Le grand virage : quitter le cinéma en 1973
En 1973, Bardot quitte le cinéma. Un départ net, rare à ce niveau de notoriété. Elle tourne le dos aux plateaux et à l’industrie qui l’a transformée en phénomène mondial.
La suite est une seconde vie, tout aussi radicale : la protection animale. Elle fonde en 1986 la Fondation Brigitte Bardot, qui devient le centre de son engagement. À partir de là, BB n’est plus seulement une star : elle devient une militante, parfois intransigeante, et une figure qui continuera de diviser l’opinion.
Bardot, c’est aussi une personnalité complexe, avec des polémiques et des condamnations qui ont marqué les dernières décennies. Son héritage restera donc double : une empreinte culturelle immense, et une fin de parcours médiatique souvent conflictuelle. C’est le propre des légendes : elles ne se laissent pas réduire à une seule lecture.
Le décès : la fin d’une légende vivante
Brigitte Bardot est décédée le 28 décembre 2025, à l’âge de 91 ans, à son domicile dans le Sud de la France. La cause exacte n’a pas été détaillée publiquement. Sa disparition a déclenché une vague d’hommages immédiats, en France comme à l’international : Bardot faisait partie de ces rares personnalités dont le nom dépasse le cinéma pour entrer dans la culture populaire mondiale.
Les derniers clichés publics la montraient déjà dans une logique de retrait : peu d’apparitions, une vie centrée sur son refuge, ses animaux, et un quotidien farouchement simple — jusque dans le choix de ses voitures.
Pourquoi l’automobile colle autant à Bardot
Certaines stars sont associées à des voitures parce qu’elles les collectionnent. D’autres parce qu’elles les vendent (publicités, placements, “ambassadrices”).
Bardot, elle, est associée à des voitures pour une raison plus forte : parce que ces autos incarnent son rapport au monde.
Avec BB, l’auto n’est pas un signe extérieur de richesse. C’est un langage : la simplicité, l’air libre, la route du littoral, le quotidien sans mise en scène. Et c’est précisément ce qui a rendu certaines voitures mythiques à ses côtés : elles semblaient à la fois accessibles… et soudain iconiques.
Le “garage Bardot” : les voitures qui lui collent à l’image
Citroën 2CV : la star mondiale dans l’auto la plus française

La 2CV est un cas d’école : techniquement modeste, philosophiquement géniale. Une traction avant pensée pour l’usage, la souplesse, la débrouille. Sur le papier, rien de glamour. Mais dans l’objectif des photographes, la 2CV devient l’anti-luxe chic.
Les images de Bardot à Saint-Tropez en août 1965 autour d’une 2CV (au volant ou montant à bord) sont devenues des archives emblématiques : la star la plus traquée de son époque dans une voiture populaire, sans “carrosse” ni protocole. Le message est limpide : elle veut vivre, pas parader.
Mini Moke : l’objet-plage, le parfum Saint-Tropez

Si la 2CV raconte la France entière, la Mini Moke raconte Saint-Tropez. Véhicule ouvert, minimaliste, presque un “buggy chic”, la Moke est l’exact opposé de la berline sérieuse : pas de portes, peu de filtre entre le conducteur et le décor. La route entre dans l’habitacle.
Les photos de Bardot au volant d’une Moke avec ses chiens (notamment au tournant des années 1980) ont figé un imaginaire : liberté, soleil, animaux, et cette manière de conduire comme on respire. La Moke devient alors plus qu’une voiture : une carte postale vivante.
Renault Floride : le cabriolet “dolce vita” et la Bardot ambassadrice

La Renault Floride (Caravelle à l’export) n’est pas seulement “une voiture vue avec Bardot” : elle a été portée par une vraie stratégie d’image. Renault a voulu un cabriolet élégant, accessible, capable de séduire une clientèle de loisirs. Et pour donner une âme à cette promesse, quoi de plus efficace qu’une icône du moment ?
Bardot a été associée à la Floride comme marraine/ambassadrice dans les opérations de communication de l’époque. L’idée est claire : faire du cabriolet Renault un objet de liberté, de style, de vacances. Dans les archives, on retrouve cette association presque “logique” : Bardot + cabriolet + Côte d’Azur = un storytelling parfait pour les années 50-60.
La “voiture de poule” : une anecdote restée célèbre
Dans la mythologie Bardot, il y a aussi ces petites phrases qui restent. La fameuse histoire de la “voiture de poule” fait partie des récits souvent repris : Bardot aurait éclaté de rire en apprenant qu’on qualifiait une Renault Floride de “voiture de poule”… avant de répondre qu’elle avait la même.
Qu’on la prenne comme une anecdote de tournage ou comme une histoire devenue légende, elle dit quelque chose d’important : à l’époque, un cabriolet “léger” pouvait être autant une promesse de vacances qu’un marqueur social — et Bardot était au cœur de ce jeu d’images.
Renault 4L : la voiture des dernières années… et celle qu’elle ne voulait plus conduire

La 4L blanche est devenue l’un des symboles les plus forts de la fin de vie de Bardot. Une voiture simple, pratique, sans prestige : l’outil parfait pour rouler à Saint-Tropez sans se raconter. C’est tout Bardot, au fond : l’icône mondiale dans une auto populaire, fidèle à une idée de vie “sans décor”.
Mais ce qui rend cette 4L encore plus marquante, c’est la raison intime pour laquelle elle aurait (presque) cessé de conduire. Bardot a expliqué qu’elle conduisait toujours avec son chien E.T. sur le siège passager, et qu’après la mort de ce compagnon, elle ne supportait plus l’idée de se retrouver seule dans l’habitacle. Elle aurait alors drastiquement réduit, voire arrêté, ses trajets au volant.
À cet instant, la 4L n’est plus seulement une voiture : c’est un rituel, une présence, puis un vide. Une “petite” auto qui raconte une grande solitude. Et c’est exactement pour cela qu’elle est devenue iconique : parce qu’elle résume une fin de parcours à contre-courant du glamour.
Morgan : le roadster anglais “à l’ancienne” qui colle à l’image BB

On oublie souvent que Bardot a aussi été associée à des voitures plus “caractère”, notamment des roadsters britanniques. La Morgan, avec sa recette artisanale et intemporelle (châssis, légèreté, conduite vivante, style vintage assumé), correspond parfaitement au fantasme “BB cheveux au vent”.
Plusieurs récits automobiles citent Bardot parmi les célébrités ayant roulé en Morgan, et des témoignages d’initiés du monde Morgan évoquent Bardot à Saint-Tropez au volant de sa Morgan. Ce n’est pas la voiture du luxe moderne : c’est la voiture-plaisir, celle qu’on choisit parce qu’on aime conduire “pour de vrai”.
Et la rumeur des “deux Morgan” ? Elle circule beaucoup (une pour la France, une pour l’Angleterre), mais elle est surtout relayée par des passionnés et des publications de fans. Faute de confirmation solide et recoupée dans des sources de référence, le plus honnête est de la présenter pour ce qu’elle est : une rumeur persistante, plausible, mais non prouvée noir sur blanc.
L’Alfa Romeo 2600 Spider dans Le Mépris : la voiture-cinéma, beauté et fatalité

Il faut distinguer les voitures “de vie” et les voitures “de film”. Dans Le Mépris (Godard, 1963), l’Alfa Romeo 2600 Spider est devenue un élément narratif et esthétique. Cabriolé, racé, photogénique, le roadster italien incarne une forme de séduction… qui bascule vers la tragédie.
Cette Alfa n’est pas “la voiture personnelle” de Bardot, mais elle est associée à son aura cinéphile. Elle fait partie de ces automobiles qui, par le cinéma, se greffent à la légende d’une actrice comme un costume ou une musique : on la revoit, et on se souvient.
La DS et Bardot : une “pub” devenue mythe (montage, sosie, confusion)

On entend souvent : “Bardot a fait une pub pour la Citroën DS.” L’idée est séduisante, parce que la DS est la “Déesse” française et que Bardot est une icône : l’association paraît naturelle. Sauf que l’histoire est plus tordue, et mérite d’être racontée proprement.
D’abord, il existe des images (photos, montages, visuels partagés) présentant Bardot dans un univers DS, parfois au point que beaucoup les prennent pour des publicités officielles. Ensuite, il existe aussi des publicités à l’étranger — notamment aux États-Unis — qui ont joué avec une figure “à la Bardot”, via un sosie ou une inspiration très appuyée, ce qui a entretenu le flou.
Résultat : au fil des décennies, la nuance a sauté. Dans l’imaginaire collectif, “inspiration Bardot” est devenu “Bardot a fait la pub”. Or l’honnêteté historique impose de distinguer : l’icône et la DS ont bien été associées dans la culture visuelle… mais pas toujours de manière officielle ou contractuelle.
Conclusion : une biographie en carrosseries
Quand on aligne les silhouettes (2CV, Moke, Floride, 4L, Morgan, DS “fantasmée”, Alfa de cinéma), on lit une biographie parallèle.
Pas celle des garages millionnaires, mais celle d’une femme qui a souvent cherché à vivre simplement — parfois pour fuir, parfois pour se protéger, souvent pour rester fidèle à elle-même.
- 2CV : la star mondiale dans la simplicité, l’anti-luxe devenu authentique.
- Moke : Saint-Tropez en plein air, la liberté et les chiens, l’image “carte postale”.
- Floride : le cabriolet Renault porté par l’image Bardot, la “dolce vita” version française.
- 4L : le quotidien des dernières années, la pudeur, puis l’arrêt du volant par chagrin.
- Morgan : le roadster pur, artisanal, l’idée de conduire “pour le plaisir”.
- DS : l’icône et le mythe publicitaire, entre montages et inspirations.
- Alfa 2600 Spider : la voiture-cinéma, la beauté qui bascule.
Bardot a rendu iconiques des voitures qui ne cherchaient pas à être “bling”. Elle a glamourisé le quotidien, et c’est précisément pour ça que son image automobile traverse le temps : parce qu’elle ne vend pas de la puissance, elle vend une sensation — celle d’être libre.


