Dans l’univers automobile américain, Ford ne fut pas le créateur du break, mais il en a indiscutablement été le roi pendant des décennies. Plongeons dans cette galerie de breaks à carrosserie boisée Ford qui montre leur évolution, passant de simples utilitaires à de véritables véhicules luxueux pour les célébrités et les entreprises haut de gamme.
Les débuts du break Ford
Les breaks, également appelés « estate cars » ou « depot hacks », existent depuis plus d’un siècle. Toutefois, jusqu’aux années 1920, ils étaient généralement fabriqués par des carrossiers après-vente. Le client commandait un châssis de voiture ou de camion et l’envoyait à un carrossier pour qu’il y ajoute la carrosserie en bois. En 1923, William Crapo Durant, fondateur de GM, a été le premier constructeur automobile à proposer un break catalogué en usine avec le désormais oublié modèle Star de Durant Motors. Cependant, les autres fabricants ont tardé à suivre cet exemple.
Le Ford Model A : Un tournant décisif
Il a fallu attendre 1928 pour que le président de Ford, Edsel Ford, et Clarence W. Avery, président de la Murray Corporation of America, décident de créer une version standardisée du Ford Model A. La carrosserie originale du break Model 150-A, conçue par Murray, était assemblée à partir de bois provenant de l’exploitation forestière de Ford à Iron Mountain, dans la péninsule supérieure du Michigan. Les composants en bois étaient ensuite envoyés à la Mengel Body Co. à Louisville, Kentucky, pour être usinés et finis avant d’être assemblés.
Le Model 150-A avait quatre portes, avec des portes arrière « suicide » et était proposé au prix de 650 dollars, soit seulement 25 dollars de plus qu’une berline Model A quatre portes. La première année, 4 959 unités furent vendues, un chiffre impressionnant pour un véhicule aussi spécialisé.
Des améliorations continues
Au début des années 1930, le Model 150-B a été introduit avec un toit plus incliné et un nouveau design de porte sans découpe. En 1931, la production totale des wagons a atteint 3 510 unités, tandis qu’en 1932, la production est tombée à 1 383 unités en raison de la Grande Dépression. Malgré cela, les modèles continuaient d’évoluer, offrant des options comme des vitres en verre à enroulement et des finitions en chrome.
Le Model B de 1932, introduisant le célèbre moteur V8 flathead, a vu ses ventes monter à 11 725 unités en 1940, dont 8 468 étaient des modèles De Luxe. Ford avait réussi à convaincre ses clients que ces breaks étaient non seulement des véhicules utilitaires, mais aussi des symboles de statut social.
Le style devient un atout
En 1934, la Ford a commencé à mettre l’accent sur le style, proposant une gamme de couleurs élargie et des finitions plus raffinées. Ces breaks, bien qu’encore peu pratiques pour un usage familial régulier (Ford recommandait de poncer et de vernir tous les éléments en bois tous les six mois), sont devenus des véhicules prisés par les riches propriétaires souhaitant attirer les regards admiratifs. La production a atteint un nombre impressionnant de 3 000 unités pour l’année.
La popularité des breaks a explosé, en particulier parmi les célébrités de l’époque. Des stars comme Clark Gable se sont affichées aux côtés de leurs Ford station wagons, augmentant ainsi leur attrait auprès du grand public.
Vers une époque moderne
Avec l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale, la production des breaks Ford a été brutalement interrompue. Le modèle 1942, le plus luxueux jamais conçu, était proposé avec un moteur V8 et un intérieur en cuir véritable. Cependant, seulement 6 050 wagons furent produits cette année-là avant que la production civile ne soit arrêtée. Néanmoins, en l’espace d’une décennie, Ford avait construit 89 195 breaks, une belle réussite pour des véhicules considérés comme utilitaires.
Ces précurseurs des breaks modernes ont ouvert la voie à une évolution essentielle du marché automobile américain. Bien que les modèles en acier qui ont suivi aient été plus pratiques et moins coûteux à produire, l’héritage des « woodies » de Ford reste indélébile dans l’histoire automobile.
Conclusion : Un héritage durable
Les breaks classiques à carrosserie boisée Ford représentent bien plus qu’un simple moyen de transport ; ils incarnent une époque où le style et le luxe commençaient à se mêler à la fonctionnalité. Bien que leur production ait pris fin avec l’avènement des modèles modernes en acier, leur charme intemporel continue d’envoûter les passionnés d’automobile et les collectionneurs.














































