La Ferrari Luce, première électrique de Maranello, fait couler beaucoup d’encre. Son design audacieux et son positionnement tarifaire élevé suscitent autant de critiques que de commandes, selon le constructeur. De quoi interroger sur la stratégie de la marque et son impact sur sa valorisation en bourse.

Le pari audacieux de Benedetto Vigna
La phrase de Léon Zitrone, « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ! », semble être la devise de Ferrari avec sa nouvelle Luce. Depuis sa présentation, la première Ferrari 100% électrique ne laisse personne indifférent. Un coup de communication calculé ? Possible. Le constructeur italien, dirigé depuis 2021 par Benedetto Vigna, un physicien familier des composants électroniques, a su maintenir la confiance des investisseurs. Cependant, l’arrivée de la Luce a coïncidé avec une période de turbulences boursières pour le cheval cabré, avec une chute notable de son cours. Pourtant, le directeur général se montre serein, affirmant que les carnets de commandes se remplissent à une vitesse impressionnante. Des affirmations difficiles à vérifier, mais qui traduisent une confiance affichée dans ce modèle clivant.


Le design audacieux de la Ferrari Luce ne laisse personne indifférent. © Ferrari
Une révolution stylistique qui dérange
Dans le monde automobile, casser les codes est souvent synonyme de casse-tête marketing. Jaguar en a fait l’amère expérience avec une campagne de communication qui a divisé. L’automobile, secteur ancré dans ses traditions, peine à accepter les visions trop novatrices. Or, la Luce incarne cette rupture. Avec ses allures de monospace, ses portes antagonistes et son habitacle minimaliste dominé par des écrans, elle pourrait presque arborer le logo d’un constructeur chinois premium. De loin, du moins. Benedetto Vigna invite à juger sur pièce : « Il est clair qu’une personne habituée à voir des choses traditionnelles se dit ‘qu’est ce que c’est que ça ?’ », concède-t-il, avant de souligner l’afflux de commandes, y compris de la part de clients existants et nouveaux. Une démarche qui vise à rassurer sur le potentiel de ce modèle hors norme.


Ferrari assure avoir déjà récolté de nombreuses commandes pour sa Luce. © Ferrari
L’électrique Ferrari face à la décote
La question de la décote est un point sensible pour toute voiture, et particulièrement pour les Ferrari de grande série qui, bien que conservant une certaine valeur, s’érodent avec le temps. Pour les modèles plus anciens, notamment ceux des années 90 et 2000 à moteur atmosphérique, la valeur peut même remonter. Mais qu’en est-il d’une Ferrari électrique ? Le patron de Lamborghini, Stephan Winkelmann, a préféré temporiser, expliquant que la marque avait raison de mettre en pause son projet de voiture électrique. Il a précisé que Lamborghini se concentrait sur le développement des compétences en électrification de ses équipes, afin d’être prêt pour une première Lamborghini 100% électrique dans les cinq prochaines années. La Ferrari Luce, elle, n’a pas attendu et se lance sur un marché encore vierge pour la marque.
Un pari coûteux pour l’acheteur
Si l’innovation est essentielle, elle ne doit pas être imposée. C’est le message subtil de Lamborghini. Chez Ferrari, le client n’est pas contraint de signer un chèque qui devrait avoisiner les 700 000 € une fois les options ajoutées. Reste que prédire la valeur de revente de ces Luce dans cinq ans relève de la divination. D’autant plus que ce modèle ne fait pas partie des séries limitées, souvent réservées à une clientèle fidèle, ce qui pourrait accentuer sa décote future. Ferrari prend un risque calculé, misant sur l’exclusivité et la nouveauté pour séduire, quitte à dérouter une partie de sa clientèle traditionnelle et à susciter l’interrogation des marchés financiers.
Ferrari Luce : le bilan
- Un design clivant : La Luce rompt radicalement avec les codes stylistiques traditionnels de Ferrari, suscitant débats et critiques.
- Une stratégie de communication audacieuse : Ferrari semble miser sur la controverse pour générer du buzz et attirer l’attention, une tactique risquée mais potentiellement payante.
- Des commandes rassurantes : Malgré les doutes, le constructeur affirme que le carnet de commandes se remplit, signe d’une demande existante pour ce modèle disruptif.
- L’inconnue de la décote : En tant que première électrique de la marque, la Luce pose la question de sa valeur future sur le marché de l’occasion, un point crucial pour les acheteurs fortunés.
- Un positionnement tarifaire élevé : Proche des 700 000 € avec les options, la Luce se place dans le segment des hypercars, ajoutant une pression supplémentaire sur ses performances globales.




