Mazda explore une voie audacieuse pour réduire l’impact environnemental de ses véhicules : la capture directe du CO2 à l’échappement. Bien que des progrès notables aient été réalisés, cette technologie, encore balbutiante, soulève d’importantes questions quant à son efficacité réelle et sa viabilité économique.
Le CO2, nouvel eldorado industriel et automobile ?
Le dioxyde de carbone, principal responsable du dérèglement climatique, est aussi devenu un enjeu économique majeur. L’idée est simple : capter ce gaz omniprésent pour le transformer ou l’utiliser dans de nouvelles applications. L’industrie automobile, déjà sous pression pour réduire ses émissions, s’intéresse de près à ces technologies. Mazda, par exemple, teste un système innovant de capture du CO2 directement sur ses voitures de course, dans l’espoir de rendre la compétition plus vertueuse et, pourquoi pas, d’ouvrir des voies pour la série. L’objectif est double : limiter la concentration de CO2 dans l’atmosphère et créer de nouvelles filières économiques, notamment pour la production de carburants de synthèse, une piste étudiée par de grands groupes pétroliers.
La Mazda 3 sert de démonstrateur pour capturer le CO2 en course © Mazda
Une technologie à base de zéolithe pour piéger le CO2
Plutôt que les méthodes traditionnelles utilisant des solvants, Mazda mise sur la zéolithe, un matériau poreux à la structure moléculaire particulière, capable de piéger sélectivement certains gaz comme le CO2. Ce procédé est intégré sous une forme compacte dans la ligne d’échappement d’une voiture de course, agissant comme un catalyseur secondaire. Le CO2 capturé est ensuite stocké dans un réservoir embarqué. L’an dernier, lors des premiers tests, le constructeur japonais avait réussi à récupérer seulement 84 grammes de CO2 sur une course de 24 heures. Une quantité dérisoire au regard des émissions totales.
Le système de capture CO2 de Mazda, relativement compact © Mazda
Des progrès notables, mais un bilan carbone encore faible
Les derniers essais de Mazda marquent une avancée significative. Sur la même durée de 24 heures, le système a permis de capturer 804 grammes de CO2. Certes, cela représente une amélioration spectaculaire par rapport à l’année précédente. Cependant, il faut relativiser ce chiffre : une Mazda 3 de course émet environ 200 grammes de CO2 par kilomètre. Ainsi, les 804 grammes capturés ne compensent que l’équivalent de 4 kilomètres de roulage. Si le progrès est réel, il est loin d’être suffisant pour avoir un impact écologique notable sur l’ensemble d’une course, ou a fortiori sur la production automobile.
Le stockage et les débouchés du CO2 : un casse-tête
Au-delà de la simple capture, le devenir du CO2 récupéré pose de sérieuses questions. Le stockage, même temporaire dans un réservoir embarqué, représente un défi technique et logistique. À plus grande échelle, les méthodes de stockage définitif, souvent par enfouissement, s’apparentent à la gestion d’un déchet. Les débouchés économiques pour le CO2 capturé restent également limités. L’idée de l’utiliser pour produire des carburants de synthèse, bien que séduisante, n’est pas sans controverse. Des experts ont souligné que ces carburants pourraient potentiellement émettre davantage de monoxyde de carbone que les carburants fossiles actuels, un gaz toxique.
Entre innovation et réalisme, la route est longue
L’initiative de Mazda témoigne d’une volonté d’explorer des solutions novatrices face à l’urgence climatique. La capture directe du CO2 à l’échappement est une piste fascinante, qui pourrait, à terme, trouver sa place dans une stratégie environnementale plus globale. Cependant, les obstacles techniques, énergétiques et économiques restent considérables. Le volume de CO2 capturé doit être drastiquement augmenté pour devenir significatif, et les solutions de stockage ou de valorisation doivent être plus efficaces et moins coûteuses. Pour l’heure, cette technologie reste un démonstrateur technologique, une promesse lointaine plutôt qu’une solution miracle pour l’industrie automobile.
- Progrès notables : La quantité de CO2 capturée par Mazda a été multipliée par dix en un an.
- Technologie prometteuse : L’utilisation de zéolithe offre une alternative intéressante aux méthodes traditionnelles.
- Bilan carbone limité : La quantité capturée reste faible par rapport aux émissions totales des véhicules.
- Défis de stockage : Le devenir du CO2 récupéré pose des questions pratiques et environnementales.
- Débouchés incertains : L’utilisation du CO2 capturé, notamment pour les carburants de synthèse, soulève des interrogations.
- Viabilité économique : Les coûts élevés des installations et du processus rendent la technologie encore peu rentable.




