La disparition d’Alex Zanardi referme l’une des histoires les plus puissantes du sport automobile moderne. Pilote de Formule 1, double champion du Champ Car, puis référence du handisport, l’Italien a traversé sa carrière comme sa vie avec une détermination qui forçait le respect.

Au-delà de la tristesse, son parcours rappelle à quel point la F1 ne fabrique pas seulement des champions, mais parfois des destins hors norme. Zanardi n’a jamais été le plus tranquille des talents, ni le plus simple à enfermer dans une case. C’est précisément ce mélange de vitesse, de fragilité et de renaissance qui explique pourquoi son nom dépasse largement le cadre des statistiques.
De Bologne aux premiers tours de roue, un talent vite remarqué
La Formule 1 a souvent servi de vitrine à des carrières fulgurantes ; celle de Zanardi a commencé plus tôt, presque à la main, dans les garages et sur les pistes de karting. Né le 23 octobre 1966 à Bologne, il débute à 13 ans au volant d’un kart qu’il a lui-même construit. Le détail n’est pas anodin : il dit déjà quelque chose de son tempérament, fait de débrouille, de volonté et d’une certaine obstination italienne bien sentie.

En 1988, il arrive en F3 Italie, apprend, progresse, puis commence à frapper à la porte du haut niveau. L’année suivante, les premières poles et les premiers podiums tombent. En 1991, il passe en F3000 et s’offre sa première victoire dans la catégorie, avant de terminer deuxième du championnat derrière Christian Fittipaldi. À ce moment-là, le bonhomme n’est plus une promesse de paddock : c’est un pilote que l’on commence à suivre sérieusement.
Une première vie en F1, brève mais déjà révélatrice
Son entrée en Formule 1 se fait par la petite porte, mais elle arrive vite. Eddie Jordan l’engage en 1991 pour remplacer Roberto Moreno sur les trois derniers Grands Prix. Zanardi termine neuvième en Espagne puis en Australie. L’année suivante, Minardi fait appel à lui à trois reprises, en remplacement de Christian Fittipaldi blessé. Dans une discipline où tout va très vite, il grappille du temps de piste et garde sa place dans le paysage.
Le vrai sujet, c’est que cette première période n’a jamais eu les moyens de devenir un long fleuve tranquille. Après des essais chez Benetton, il rejoint Lotus pour 1993. Aux côtés de Johnny Herbert, il marque son unique point en Formule 1 au Brésil, en terminant sixième d’un Grand Prix perturbé par un gros orage. C’est peu, mais c’est aussi le reflet d’une époque où le talent seul ne suffisait pas toujours à compenser la solidité d’une équipe fragile.
Son aventure se complique ensuite brutalement. Victime d’un accident de la route à vélo, il subit plusieurs fractures au pied gauche. Il court malgré tout en Allemagne, mais doit abandonner. Puis vient le choc du Raidillon, à Spa, lors des essais du Grand Prix de Belgique 1993 : la monoplace est détruite, Zanardi s’en tire avec une commotion et doit renoncer au reste de la saison. La suite de sa carrière en F1 ne retrouvera jamais cette forme d’élan initial.
Aux États-Unis, Zanardi a enfin trouvé son terrain de jeu
Après l’échec de son passage en F1, il tente sa chance en CART avec une idée simple : sa vitesse doit pouvoir parler ailleurs. Et, cette fois, le scénario lui donne raison. Recruté par Chip Ganassi Racing après un test convaincant à Homestead, il débarque en 1996 dans un environnement plus favorable à son style. Très vite, il s’impose comme un pilote spectaculaire, parfois imprévisible, mais surtout redoutablement efficace.
Sa première saison américaine se termine avec une pole, une victoire à Portland, puis deux autres succès avant le drapeau à damier final. Il finit troisième du championnat et repart avec le titre de Rookie of the Year. L’année suivante, il franchit un cap. Après une première moitié de saison laborieuse, il enchaîne les victoires à Cleveland, Toronto, Michigan, Mid-Ohio et Road America. Résultat : le titre 1997, puis une campagne 1998 presque écrasante, avec sept victoires et 15 podiums en 19 courses. En clair, Zanardi n’avait rien perdu de son coup de volant ; il avait simplement trouvé la catégorie qui lui allait.
Au passage, il popularise aussi la célébration en donuts après ses victoires. Un geste simple, presque insolent, qui a fini par entrer dans la culture du sport auto. Comme souvent avec lui, le personnage débordait le résultat brut.
Le retour en F1 avec Williams n’a pas tenu ses promesses
Ses succès outre-Atlantique ramènent naturellement la F1 sur sa route. Frank Williams lui ouvre la porte dès juillet 1998 avec un accord de trois ans. Sur le papier, le mariage a du sens : un pilote revenu au sommet en CART, une équipe de référence, un retour qui peut faire parler. Dans les faits, la réalité est beaucoup plus crue.
En 1999, Zanardi découvre une Williams moins dominante qu’auparavant et surtout difficile à exploiter. Les problèmes techniques s’enchaînent, les erreurs aussi, et l’Italien ne marque aucun point. Son équipier Ralf Schumacher en inscrit 35, dans un barème qui récompense alors seulement les six premiers. Fin de l’histoire en F1 : Williams et Zanardi se séparent en fin d’année. C’est brutal, mais le verdict sportif est sans appel.
Ce passage chez Williams reste important pour comprendre sa trajectoire. Il prouve qu’un retour en Formule 1 ne se juge pas seulement à la réputation d’un pilote, mais à l’adéquation entre la voiture, l’équipe et le contexte. Zanardi n’a jamais manqué de talent. Il n’a simplement pas trouvé l’environnement qui lui permettait de le convertir en résultat.
Le Lausitzring a tout changé, mais pas arrêté Zanardi
De retour aux États-Unis en 2001, il cherche à relancer la machine avec la structure de Mo Nunn. La saison n’est pas brillante, mais elle reste un point d’appui. Jusqu’au 15 septembre 2001, date du Lausitzring. L’arrêt aux stands, les pneus froids, la relance mal maîtrisée, la monoplace qui part en tête-à-queue au milieu de la trajectoire : la scène est terrible. Patrick Carpentier l’évite de justesse, pas Alex Tagliani. Le choc est d’une violence extrême.
La conséquence est connue, et elle résume à elle seule le drame : Zanardi perd ses deux jambes. Il ne doit la vie qu’à l’intervention rapide des secours. À partir de là, beaucoup auraient disparu du paysage. Lui choisit la rééducation, la reconstruction, puis une manière nouvelle d’exister dans le sport. C’est là que son histoire devient autre chose qu’un palmarès.
Tourisme, handbike : la deuxième carrière d’un survivant
Son retour à la compétition passe par le Tourisme. Après un galop d’essai en 2003, il s’engage en ETCC en 2004 sur une BMW adaptée. L’année suivante, le championnat devient le WTCC, et Zanardi y décroche sa première victoire en Allemagne. Il en ajoutera trois autres, en Turquie en 2006 puis en République tchèque en 2008 et 2009. Il court encore en DTM, en Blancpain, et jusqu’aux 24 Heures de Daytona en 2019. Pas comme un symbole figé, mais comme un pilote toujours désireux de rouler.
En parallèle, il se tourne vers le cyclisme handisport à la fin des années 2000. Là encore, il ne fait pas semblant. Objectif : les Jeux paralympiques de Londres. Pari tenu, et même largement dépassé, avec deux médailles d’or à Londres en 2012, puis deux autres titres paralympiques à Rio en 2016. Sa carrière sportive se transforme alors en démonstration de résilience, mais sans jamais perdre le côté concret du haut niveau : l’effort, la discipline, la répétition, rien d’autre.
Un nouvel accident en 2020 l’a ensuite tenu éloigné de la vie publique. Il gardait des séquelles, et c’est dans ce silence qu’il s’est effacé. Sa disparition, annoncée ce samedi, met fin à un parcours qui aura traversé la F1, le CART, le WTCC et le handisport avec la même idée fixe : avancer, coûte que coûte.
Ce que Zanardi laisse à la F1 : un nom plus grand que ses résultats
Alex Zanardi n’a jamais été un champion de Formule 1 au sens strict. Ses résultats y sont trop maigres pour cela. Mais il a laissé quelque chose de plus rare : une trace humaine et sportive que les chiffres n’effacent pas. Sa carrière dit beaucoup de ce que le sport auto peut produire de plus beau, et de plus dur aussi.
- Il a connu la F1, puis a trouvé son sommet en CART.
- Son accident du Lausitzring a bouleversé sa vie, sans l’éteindre.
- Son retour en Tourisme a prouvé qu’il restait un pilote de très haut niveau.
- Ses titres paralympiques ont fait de lui une figure majeure du handisport.
- Son histoire rappelle qu’un palmarès ne dit pas tout d’un grand nom.

