Dans un coup de théâtre qui a secoué le monde de l’endurance, Alpine a officiellement annoncé son retrait du WEC et des 24 Heures du Mans. Cette décision, qui marque la fin d’une ère pour la marque au A fléché, intervient après près de dix ans d’engagement dans la discipline. Entre ambitions démesurées et réalités du marché, le constructeur français semble faire face à une tempête à plusieurs fronts.
Une page se tourne
Le 12 février, lors d’un Comité social d’entreprise (CSE) particulièrement crucial au sein du Groupe Renault, la nouvelle tant redoutée est tombée : Alpine abandonne le World Endurance Championship (WEC). Après avoir mis fin à son programme de rallye-raid avec Dacia, c’est un autre chapitre qui se clôt pour le constructeur. Depuis son retour en 2013 dans le monde de l’endurance, d’abord avec les prototypes LMP2, Alpine a su s’imposer comme un acteur majeur de la discipline.
Un parcours chaotique en Hypercar
Le projet d’Alpine en Hypercar, lancé en 2021, avait pourtant suscité beaucoup d’espoir. Au départ, la marque bénéficiait d’une dérogation pour utiliser une Oreca LMP1 bridée, mais c’est véritablement en 2024 qu’elle a pu aligner son propre prototype LMDh. Pourtant, malgré des ambitions affichées et des investissements conséquents, le rêve d’une conquête des sommets s’est heurté à des obstacles financiers et stratégiques. En juin prochain, l’Alpine A424 effectuera sa dernière danse sur la mythique ligne droite des Hunaudières.
Des rumeurs qui deviennent réalité
Ces dernières semaines, les murmures autour d’un possible retrait d’Alpine s’étaient intensifiés. Les craintes s’étaient même étendues à une éventuelle disparition de la marque elle-même. Un porte-parole d’Alpine avait pourtant tenté de rassurer les passionnés en affirmant que l’identité de la marque ne disparaîtrait pas, sans toutefois contredire la décision désormais officielle de quitter le championnat.
Une vision à long terme compromise
Pour ajouter à la confusion, l’ancien PDG de Renault, Luca de Meo, avait déclaré l’été dernier qu’Alpine nécessitait environ vingt ans pour rivaliser avec des géants comme Porsche. Une vision ambitieuse que son successeur, François Provost, a décidé de remettre en question avec cette décision hâtive. Alors que la participation d’Alpine au WEC pour la saison 2026 était incertaine, la direction a finalement donné son feu vert pour une ultime année. Ce projet reposait sur l’expertise reconnue de la structure Signatech, dirigée par Philippe Sinault.
Des choix difficiles pour un avenir durable
« Nous avons dû prendre des décisions difficiles pour protéger les ambitions à long terme d’Alpine », a déclaré Philippe Krief, PDG d’Alpine. Ce dernier a évoqué une croissance plus lente que prévue dans le secteur automobile, notamment en ce qui concerne les véhicules électriques. Il a également insisté sur la nécessité de rediriger les investissements vers la gamme de produits et la marque Alpine. Une manière de dire que le sport automobile, bien qu’important, n’est pas la priorité dans cette phase critique.
Vers une nouvelle stratégie
Alpine semble désormais se concentrer sur la Formule 1, une plateforme qui pourrait offrir une meilleure visibilité et notoriété à la marque. « Bien que nous regrettions de ne pas pouvoir continuer en WEC après cette saison, nous croyons fermement que notre avenir se dessine ailleurs », a ajouté Krief. En effet, cette stratégie pourrait permettre à Alpine de renouer avec ses racines tout en s’adaptant à un marché en constante évolution.

La saison 2026 sera donc celle des adieux pour Alpine en endurance.
Un héritage à préserver
Alors que l’équipe se prépare à présenter sa dernière saison dans une ambiance de tournée d’adieu, elle sait que chaque course sera un moment crucial pour honorer cet héritage. Le prototype A424, qui a récemment bénéficié d’évolutions techniques et a remporté sa première victoire à Fuji l’automne dernier, sera un symbole de ce parcours riche en émotions.
Répercussions au sein du groupe Renault
Cette annonce survient dans un contexte délicat pour Renault. Le site de Viry-Châtillon, qui avait déjà perdu la conception des moteurs F1 au profit d’Enstone, pourrait bien voir son avenir compromis. Des voix s’élèvent parmi les élus locaux et syndicats, dénonçant « mensonges et trahisons », alors que la fermeture d’une usine se profile à l’horizon. Ce site devait initialement devenir « Hypertech », mais les nouvelles orientations semblent remettre en question ces ambitions.
Un nouveau départ pour l’usine
Renault a depuis annoncé que l’usine poursuivra sa transformation en mettant l’accent sur l’innovation au service du Groupe et de la marque Alpine. « Cette transformation repose sur les compétences uniques de nos collaborateurs et sur des équipements haut de gamme déjà en place », ont assuré les dirigeants. Une promesse de renouveau qui reste à vérifier face aux incertitudes actuelles.

C’est donc la fin d’une époque pour Alpine, qui a su se faire une place au soleil dans le monde exigeant de l’endurance.



