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Endurance : Alpine quitte le WEC sur une dernière mission au Mans

Alpine et les 24 Heures du Mans, c’est une histoire qui touche à sa fin. Après des années à batailler pour redorer le blason de la marque en endurance, l’équipe dirigée par Philippe Sinault s’apprête à disputer sa dernière course sous les couleurs officielles. Un adieu forcément teinté d’émotion, mais surtout d’une volonté farouche de bien figurer sur la classique sarthoise.

Philippe Sinault, figure emblématique d’Alpine en endurance depuis une décennie et demie, incarne à lui seul cette aventure. Fondateur de l’équipe Signatech, il a été le moteur de l’ambition de ramener la marque française au premier plan, jusqu’à évoluer au sommet de la catégorie Hypercar ces trois dernières saisons. Une mission qu’il mène avec fierté, alors que le groupe Renault a décidé de mettre un terme à l’engagement officiel d’Alpine en WEC. L’A424 s’apprête donc à vivre ses ultimes 24 Heures du Mans, une course qui symbolise à la fois la fin d’un chapitre et l’espoir d’un avenir.

Le Mans, une fierté avant le clap de fin

« Ce qui me rend particulièrement fier, c’est de pouvoir défendre les couleurs d’Alpine au Mans cette année, avec un package sportif et technique au niveau auquel on doit pouvoir prétendre », confie Philippe Sinault. Les premières années avec l’A424 ont été marquées par un apprentissage intense, une phase de développement nécessaire pour maîtriser une nouvelle monture. « Les deux premières années avec cette auto ont été un peu décevantes, dans le sens où on manquait de maturité, on manquait de connaissance de la voiture », admet-il. Mais cette fois, la donne est différente. « On connaît la voiture, on l’a bien fait évoluer, donc avoir la chance de pouvoir enfin avoir une vraie carte à jouer, c’est ce que l’on cherchait. C’est le cas cette année. On n’est pas les favoris, évidemment, mais j’ai le sentiment que c’est le package le plus mature qu’on présente avec cette auto au Mans. C’est ça ma vraie fierté. » Une fierté légitime pour celui qui a bâti ce projet pièce par pièce.

Un futur incertain, mais une mission intacte

Alors que Philippe Sinault œuvre en coulisses pour trouver un constructeur désireux de reprendre le flambeau d’Alpine dès 2027, la course mancelle prend une dimension particulière. Ce dossier complexe, forcément usant, a été mis entre parenthèses le temps de la quinzaine. « Qu’il y ait eu une décision ou pas, on serait là avec la même motivation et la même envie de faire un résultat », insiste le team principal. L’équipe s’est mise « sous cloche, dans notre tunnel Le Mans », concentrée sur l’essentiel : faire une bonne course. « On est conscient que si on fait du bon travail, qu’on rend une bonne copie, ce sera d’autant mieux pour la suite. On essaie de ne pas se tromper de combat, de ne pas avoir un esprit où on voudrait absolument montrer toute la légitimité qu’on a. Ce n’est pas ça le combat, parce que sinon on ferait des bêtises. Non, on est bien concentrés sur ce qu’on a à faire, tout le monde est plutôt bien en place. Et le maître mot, c’est de dire que l’on doit faire notre travail comme on doit le faire, et on verra après. » Une approche pragmatique qui a le mérite de la clarté.

L’ADN d’Alpine : professionnalisme et passion

Du LMP2 des débuts à l’ère Hypercar, Philippe Sinault a vu sa structure grandir, se professionnaliser sans jamais perdre son âme. « Ce qui a beaucoup changé, c’est qu’avant je cherchais absolument à avoir la maîtrise de tout, mais ce n’est plus possible compte tenu de l’échelle et du spectre global du projet », reconnaît-il. L’heure est à la confiance et à la délégation. « Il faut beaucoup s’appuyer sur ses collaborateurs, sur ses équipiers, et il faut savoir déléguer et faire confiance. » Une évolution nécessaire pour naviguer dans un environnement de plus en plus compétitif, où le niveau de concurrence ne cesse de s’élever.

La magie et la rudesse du double tour d’horloge

Malgré l’évolution de l’endurance et la pression qui l’accompagne, la passion de Philippe Sinault pour les 24 Heures du Mans reste intacte, tout comme sa lucidité sur la difficulté de l’épreuve. « Ça reste toujours une machine à rêves, mais la perception, c’est que c’est très, très dur », souligne-t-il. « On ne se rend pas compte à quel point c’est difficile, à quel point il faut que tout soit aligné parfaitement, et le travail que ça demande en amont pour être juste prêt, même pas performant mais juste prêt à affronter cette épreuve-là. » Une difficulté souvent sous-estimée par ceux qui n’ont pas goûté à la mêlée sarthoise. « Je pense que c’est sous-estimé parfois, clairement. Si tu n’arrives pas armé, préparé, si tu n’arrives pas à ménager l’énergie de l’équipe, parce que tout le monde veut bien faire et se donner à fond… Mais on est là pendant 15 jours et il ne faut pas tomber dans le piège de ne pas savoir se ménager, intellectuellement, physiquement. C’est ce que j’ai connu de plus dur à faire, et c’est pour ça que c’est génial. Quelle que soit l’année, que ce soit la première ou celle-ci, c’est pareil : c’est très, très dur. »

L’héritage d’un esprit collectif

Au moment de tourner la page Alpine, Philippe Sinault espère que l’essence de cette aventure perdurera. L’objectif est que le public retienne « l’esprit qui nous a toujours animés, l’esprit dans lequel on anime ce projet et ce programme ». « C’est du très haut niveau, mais malgré tout, on essaie d’être dans le partage et le collectif », conclut-il. « C’est vraiment le dimanche soir que l’on se regarde dans les yeux pour se dire qu’on a fait un truc chouette et qu’on le partage ensemble. C’est ça que j’aimerais que les gens retiennent. » Une philosophie qui a guidé l’équipe à travers les succès et les défis, et qui restera comme le véritable héritage de cette épopée mancelle.

Ce qu’il faut retenir de la dernière mission Alpine au Mans

  • Un package mature pour une dernière danse : Après deux saisons d’apprentissage, l’Alpine A424 aborde ses ultimes 24 Heures du Mans avec une maturité technique et sportive accrue, prête à jouer sa carte.
  • Un avenir en suspens : Alors que Philippe Sinault cherche activement un repreneur pour le programme endurance, cette course sarthoise revêt une importance particulière pour l’avenir.
  • La difficulté intrinsèque du Mans : Le team principal souligne l’extrême rudesse de l’épreuve, souvent sous-estimée, qui demande une préparation minutieuse et une gestion d’énergie irréprochable.
  • Le professionnalisme comme moteur : L’équipe a su évoluer, passant d’une gestion centralisée à une délégation de confiance, indispensable pour performer au plus haut niveau.
  • L’esprit collectif comme héritage : Au-delà des résultats, Philippe Sinault souhaite que l’esprit de partage et de collectif qui a animé le projet reste le souvenir marquant de cette aventure.
  • L’espoir d’un résultat : Malgré l’absence de statut de favori, l’équipe vise une performance solide pour conclure cette période sous les couleurs d’Alpine.