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Jacky Ickx, 81 ans, dompte l’Hypercar Genesis et fait le lien entre deux ères

Dans un exercice aussi symbolique qu’instructif, le légendaire Jacky Ickx a pris le volant de l’Hypercar Genesis GMR-001 sur le circuit Paul-Ricard. Une rencontre entre le passé et le futur de l’endurance, où le « Monsieur Le Mans » a partagé ses impressions sur la complexité technologique d’aujourd’hui, tout en rappelant l’importance intemporelle de l’esprit d’équipe.

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Le « Choc des Époques » à ciel ouvert

Imaginer les géants du sport automobile d’hier aux commandes des machines d’aujourd’hui relève souvent du fantasme. Pourtant, Genesis Magma Racing a transformé cette idée en réalité. L’équipe sud-coréenne, novice en FIA WEC, a offert à Jacky Ickx, sextuple vainqueur des 24 Heures du Mans et icône d’une ère révolue, la chance de piloter sa GMR-001. Six décennies séparent l’époque où Ickx dominait les circuits sans assistance électronique de celle où les Hypercars jonglent avec des centaines de données. Cet événement rare met en lumière la confrontation entre l’instinct pur et la technologie de pointe.

Jacky Ickx, conseiller sportif de Genesis depuis les débuts du projet, ne cache pas son désir de transmettre. Plus qu’une simple expérience, il partage ses « apprentissages et ses erreurs », considérant son rôle comme celui d’un « parent qui regarde son enfant grandir », guidant et partageant des valeurs avant de laisser le projet s’épanouir.

Une GMR-001 aux couleurs du Maestro

Le décor était planté sur le circuit Paul-Ricard, sous le soleil provençal et le souffle du mistral. Genesis a marqué l’occasion en offrant à sa GMR-001 une livrée spéciale, rendant hommage à Jacky Ickx. Exit le traditionnel gris et orange, place à un bleu et blanc distinctifs, parsemés de références subtiles à l’histoire du pilote belge, notamment ses six victoires au Mans. Un clin d’œil discret aux premiers points inscrits par Genesis en WEC aux 6 Heures de Spa-Francorchamps venait compléter cette décoration unique.

Jacky Ickx, Genesis Magma Racing Genesis

Jacky Ickx, Genesis Magma Racing Genesis

L’effervescence était palpable dans le stand Genesis. Après les premiers tours de chauffe d’André Lotterer, le moment tant attendu est arrivé : Jacky Ickx allait prendre le volant de cette bête de course. La veille, une première immersion dans le cockpit avait déjà révélé l’ampleur du fossé technologique : un volant bardé de commandes, un tableau de bord surchargé d’informations, une pléthore de branchements. Face à cette complexité, Ickx, avec son humour légendaire, n’avait qu’une seule exigence : « Je sais où sont les palettes, c’est tout ce qu’il me faut. Ne me dites rien d’autre. »

Trois tours pour faire dialoguer deux mondes

Casque enfilé, Jacky Ickx s’élance pour trois tours au volant de la GMR-001. Trois boucles symboliques, mais suffisantes pour que deux époques se rencontrent sous le regard ému des ingénieurs et mécaniciens de Genesis. À son retour, les premières impressions du « Monsieur Le Mans » sont sans équivoque : « Le jour et la nuit. Vraiment. Ça n’a rien de commun. »

L’Hypercar moderne l’a profondément impressionné : « Quand vous avez devant vous un volant avec 18 boutons devant et sans doute encore quatre en plus derrière, que partout où vous regardez, il y a des connexions, vous avez des manettes pour changer le comportement de la voiture, faire des réglages de barres de torsion… Si vous m’avez écouté, vous m’avez entendu dire aux ingénieurs : ‘Surtout simplifiez-moi la vie’. »

Jacky Ickx discute avec André Lotterer avant de prendre la piste dans la GMR-001.

Jacky Ickx discute avec André Lotterer avant de prendre la piste dans la GMR-001.

Même les réflexes les plus fondamentaux ont dû être réappris. « Je suis un freineur du pied droit. Je n’ai jamais rien connu d’autre. J’étais en situation ici de freiner du pied gauche. Ça a l’air anodin, mais ce n’est pas la même sensibilité. Donc, il a fallu que je me remette en question avec des pensées claires pour ne pas me mélanger les pinceaux. Et puis, c’est très étroit et on souffre de claustrophobie tellement l’espace est réduit. »

Au-delà de la technologie, c’est le regard de l’équipe qui amusait le pilote de 81 ans. Il savait incarner une autre époque face à une équipe résolument tournée vers l’avenir. Il s’est plu à imaginer les pensées des ingénieurs : « Comment cette antiquité, qui prend le volant de notre Hypercar, va nous la ramener ? » Il conclut avec un sourire : « Eh bien oui. »

Entre complexité technique et défi physique

Jacky Ickx souligne la difficulté accrue des voitures modernes : « Par rapport à ce que j’ai connu, c’est beaucoup, beaucoup plus compliqué. Le volant avec ses 18 de boutons et 18 réglages, la radio à gérer, les commandes à activer en course… et tout cela avec des gants de ski… ce ne sont pas des gants de ski, mais presque. Il faut savoir tout faire en même temps, dans une discipline qui s’appelle encore l’endurance, mais qui est en réalité devenue un sprint permanent, c’est à fond. »

Il regrette l’absence d’improvisation : « Tout doit être planifié, précis. Et le niveau est immense, non seulement entre les marques, mais aussi entre les pilotes. Beaucoup viennent d’une génération qui a grandi avec les ordinateurs. Pour moi, c’est plus compliqué. »

Jacky Ickx dans la GMR-001 au Paul Ricard.

Jacky Ickx dans la GMR-001 au Paul Ricard.

Le défi physique n’est pas non plus négligeable. « J’ai remonté dans une F1 que je conduisais il y a 58 ans… C’était au Grand Prix Historique avec une Ferrari… Et déjà là, il y avait une question : est-ce que je vais pouvoir rentrer dedans ? Et j’ai pu. Sauf qu’il y a une autre difficulté : est-ce que j’arriverai à en sortir ? C’est ça, le vrai challenge. »

« Ici, c’était pareil avec l’Hypercar. OK, j’ai freiné du pied gauche, pas avec la même sensibilité, mais j’ai pu rentrer et sortir de la voiture. Sérieusement, ce n’est pas évident. Parce que je n’ai plus la souplesse de caoutchouc synthétique que j’avais à l’époque. C’est nettement plus dur », plaisante-t-il.

L’Esprit d’Équipe, Fil Rouge Intemporel

Au-delà des considérations techniques et physiques, c’est l’expérience collective qui a marqué Jacky Ickx. Lorsque le Belge a retiré son casque, le stand a éclaté en applaudissements. Il a pris le temps de remercier l’équipe, saluant leur travail et les encourageant pour la suite de leur aventure, soixante ans après son premier départ aux 24 Heures du Mans.

Jacky Ickx avec l'équipe Genesis.

Jacky Ickx avec l’équipe Genesis.

« Tous ces événements d’hier et d’aujourd’hui, tout cela est un rayon de soleil, » confie-t-il. « Il y a un groupe, on s’est fait tous plaisir. Les principes de cohésion, de groupe, d’être ensemble, de vivre sa passion ensemble, rien n’a changé dans la philosophie d’aujourd’hui de la course automobile. Elle existait déjà, à mon avis, depuis la nuit des temps. »

Il regrette cependant l’individualisme croissant : « Aujourd’hui, malheureusement, l’individualisme rend les choses un peu plus compliquées, je trouve. Ce que j’aime dans le groupe que vous avez vu, c’est ça : la cohésion. On est ensemble, on fait des choses qu’on aime ensemble. Et on a compris que c’est ça qui fonctionne. »

Sa philosophie reste ancrée dans la reconnaissance du collectif : « Il ne faut pas commettre l’erreur de penser qu’on est seul au monde à réussir des choses. Même ceux qui disent ‘j’ai voulu, j’ai réussi’, ce n’est pas vrai. C’est un groupe. Ce sont des rencontres, des gens qui vous tendent la main, qui vous tirent vers le haut. Et ça, pour moi, c’est magique. Il n’y a que ça de vrai. »

Ce qu’il faut retenir

  • Un pont entre les générations : Jacky Ickx a offert une perspective unique sur l’évolution radicale de la course automobile, soulignant la complexité technologique des Hypercars modernes.
  • Le défi physique et mental : Malgré son expérience, le pilote légendaire a dû s’adapter à de nouvelles commandes et à un habitacle plus exigu, rappelant la rudesse des exigences actuelles.
  • La valeur de l’esprit d’équipe : Ickx a insisté sur le fait que, malgré les avancées technologiques, la cohésion et le collectif restent les piliers fondamentaux du succès en sport automobile.
  • Transmission et humilité : Son rôle de conseiller sportif illustre sa volonté de partager son savoir, tout en reconnaissant que le succès est toujours le fruit d’un effort collectif.
  • Une leçon d’humilité : À 81 ans, sa capacité à s’adapter et à piloter une Hypercar moderne, tout en gardant son humour, est une démonstration de sa légende.