Après les récents accidents marquants sur le circuit de Barcelone, la question d’une association des pilotes de MotoGP pour renforcer leur sécurité a refait surface. Mais pour le jeune prodige Pedro Acosta, cette idée relève de l’utopie, tant les intérêts individuels priment sur l’union collective.
Le MotoGP, sport spectaculaire mais intrinsèquement dangereux, est régulièrement le théâtre d’incidents qui interpellent. Les récentes chutes d’Álex Márquez et de Johann Zarco à Barcelone, dans des conditions dantesques, ont ravivé les débats sur la sécurité. Si certains pilotes envisagent des solutions comme modifier la position de la grille de départ, Pedro Acosta, lui, balaie ces propositions d’un revers de main et critique ouvertement l’absence de solidarité entre compétiteurs.
Une course relancée qui n’avait pas lieu d’être
La journée de tests sur le circuit de Barcelone a été écourtée par la pluie, mais pour Pedro Acosta, l’esprit était encore marqué par les événements de la veille. Les deux chutes impressionnantes, celle d’Álex Márquez sur un problème technique et celle de Johann Zarco suite à un contact, ont laissé des traces. Le pilote KTM, auteur d’un meilleur temps anecdotique, a réitéré son opinion sur la gestion de la course interrompue par la pluie : « Je suis du même avis qu’hier : ça ne servait à rien de lancer la course une troisième fois. Le tour qu’on a fait la deuxième fois aurait dû suffire, et ils auraient pu attribuer la moitié des points. Organiser une troisième course, c’était un peu défier le destin. » Une déclaration qui souligne un sentiment d’inutilité face à une prise de risque jugée excessive.
Des propositions de sécurité jugées peu pertinentes
Face à la répétition des accidents dans le premier virage de Barcelone, certains pilotes, comme Joan Mir ou Enea Bastianini, ont suggéré d’avancer la grille de départ pour réduire la vitesse à l’entrée de ce secteur critique. Une idée que Pedro Acosta trouve peu pertinente : « Tu parles d’une solution ! Si le départ est plus proche du premier virage et que tu freines trop tard, ça se passe pareil, ici comme en Hongrie. Je ne pense pas que ce soit la solution. » Pour le jeune Espagnol, les accidents récents relèvent davantage de la malchance que d’une dangerosité intrinsèque du circuit, citant l’exemple de la jambe de Zarco coincée dans la moto de Bagnaia [Bagnaia] comme un concours de circonstances malheureux.
Barcelone, un circuit pas si dangereux que ça ?
Acosta tempère le discours sur la dangerosité du circuit de Barcelone. Certes, il reconnaît que des zones comme le virage 2 ou 12 peuvent présenter des risques, comme en témoigne la chute de Jorge Martín [vendredi]. Cependant, il met en perspective : « Dans l’ensemble, je pense que c’est assez sûr ici. Il y a des circuits bien pires. » Il souligne l’existence de dégagements et la possibilité d’aménagements, contrastant avec d’autres tracés où les limites sont plus contraignantes, comme à Jerez. L’incident impliquant Álex Márquez, causé par un problème technique sur sa KTM, est ainsi vu comme un cas isolé de malchance plutôt qu’une faille structurelle du circuit.

Un problème technique sur la KTM de Pedro Acosta a été à l’origine de l’accident impliquant Álex Márquez.
L’union sacrée, une utopie en MotoGP
La question d’une association de pilotes, récurrente dans le paddock, refait surface. L’idée serait de créer une structure plus forte pour défendre les intérêts des compétiteurs, notamment en matière de sécurité. Cependant, Pedro Acosta est très sceptique quant à sa faisabilité : « Pfff, non, je ne pense pas. » Il estime que la Commission de sécurité actuelle, malgré un absentéisme croissant, est suffisante pour exprimer les doléances. Pour lui, les accidents comme ceux de Barcelone ne sont pas évitable par de simples réunions, mais dépendent de la volonté collective de prendre des risques calculés.
L’égoïsme des pilotes, frein à l’union
Le jeune pilote KTM va plus loin en pointant du doigt un trait de caractère fondamental chez les pilotes : leur égoïsme. « C’est très compliqué, il y a toujours un pilote qui voit une opportunité se présenter un week-end, » explique-t-il. Il illustre son propos par l’exemple d’un pilote en lice pour le titre, qui, malgré une situation dangereuse, serait tenté de courir si les autres concurrents prenaient le départ. « On parle de ce qui est le rêve d’une vie : si les autres prennent le départ, on le prend aussi. Il faudrait que l’on s’oppose tous les vingt et que l’on dise qu’on ne court pas. » Cette mentalité individualiste, selon Acosta, rend toute tentative d’union véritablement difficile, chacun cherchant à « saisir l’occasion de frapper fort. »

Álex Márquez a tenté de maîtriser sa Ducati sur le bord de piste avant de chuter.
Ce qu’il faut retenir de la position d’Acosta
- Une vision pragmatique de la sécurité : Acosta ne nie pas les dangers du MotoGP, mais estime que les accidents récents sont plus liés à la malchance qu’à la conception des circuits.
- Scepticisme face aux solutions collectives : Il rejette l’idée d’une association de pilotes, la jugeant irréalisable en raison des intérêts individuels divergents.
- Critique de l’opportunisme : Il dénonce l’égoïsme inhérent aux pilotes, qui privilégient souvent l’opportunité de briller plutôt que la sécurité collective.
- Importance de la Commission de sécurité : Bien que critiquant son absentéisme, il considère que cette instance reste le canal approprié pour exprimer les préoccupations des pilotes.
- Un regard lucide sur le sport : Acosta offre une perspective réaliste sur la nature compétitive et parfois solitaire du sport motocycliste de haut niveau.
[dimanche]
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