Le retour d’une Abarth thermique n’a rien d’officiel, mais l’idée circule avec insistance. Et s’il y a un modèle capable d’incarner ce virage, c’est bien la Grande Panda — à condition de résoudre le vrai nœud du dossier : la mécanique.
Dans les dernières actualités automobiles, cette hypothèse mérite mieux qu’un simple fantasme de forum. Car derrière le dessin séduisant d’une Grande Panda au scorpion, c’est toute la stratégie d’Abarth qui se joue : revenir à une recette plus lisible, plus désirable, et surtout plus crédible pour ses clients historiques.
La Grande Panda coche la case image, pas encore la case Abarth
Sur le papier, la base est presque idéale. La Grande Panda affiche un style carré, simple, immédiatement identifiable, avec cette gueule néo-rétro qui appelle assez naturellement une déclinaison plus méchante. On voit très bien l’exercice : boucliers redessinés, caisse légèrement abaissée, grosses roues, détails sombres, et ce qu’il faut de tension visuelle pour transformer une citadine sympa en petite sportive de rue.
Le rendu évoqué dans le brouillon va exactement dans ce sens. Il ne prouve rien, évidemment, mais il met le doigt sur un point essentiel : esthétiquement, une Abarth Grande Panda serait crédible en un clin d’œil. En clair, le costume existe déjà presque. Le problème, comme souvent chez Abarth, ne se limite jamais au logo sur le capot.

Abarth Grande Panda, le rendu de Motor1.com
Le vrai sujet, c’est une plateforme pas pensée pour la haute performance
Une Abarth ne peut pas vivre uniquement sur un kit carrosserie et deux bandes latérales. Le brouillon le rappelle justement : la Grande Panda repose sur la plateforme Smart Car, une architecture conçue d’abord pour la polyvalence, le coût maîtrisé et des motorisations raisonnables. Pas pour encaisser une cavalerie généreuse ni pour offrir l’agrément nerveux que l’on attend d’un modèle au scorpion.
Dans les faits, les motorisations citées aujourd’hui restent loin de l’univers Abarth. Le trois-cylindres essence 1,2 litre d’environ 100 ch, ainsi que ses déclinaisons mild-hybrid, peuvent suffire à une citadine bien née. Pour une Abarth, c’est une autre histoire. On ne demande pas seulement de la puissance, mais du répondant, du caractère, une montée en régime, un train avant capable de suivre. Sans cela, l’exercice tournerait vite à la finition sportive sans fond mécanique.
Deux pistes se dessinent, avec chacune leur lot de compromis
Le brouillon évoque deux solutions. La première miserait sur une hybridation plus ambitieuse, avec moteur thermique à l’avant et unité électrique à l’arrière, en s’appuyant sur l’architecture envisagée pour une future version 4×4. Sur le papier, l’idée a du sens : plus de motricité, une transmission intégrale, davantage de couple disponible et une vraie singularité technique. Une petite Abarth à quatre roues motrices, voilà qui réveillerait instantanément les curiosités.
Reste que cette option soulève une question simple : à quel prix, et avec quel poids ? Une citadine sportive vit de légèreté et de spontanéité. Si l’on ajoute de la complexité, des batteries, un second moteur et toute la gestion électronique qui va avec, le risque est clair : gagner en fiche technique ce qu’on perd en vivacité. Une Abarth trop lourde, c’est un peu comme un espresso allongé : ça ressemble à la recette, mais ce n’est plus tout à fait l’esprit.
La seconde piste serait plus traditionnelle : revenir à un moteur thermique plus affûté, en puisant dans les ressources du groupe Stellantis. C’est la solution la plus logique pour respecter l’ADN de la marque. Mais logique ne veut pas dire simple. Adapter un bloc plus performant à cette base technique réclame du travail sur le refroidissement, le châssis, le freinage, l’homologation et, surtout, l’équilibre économique du projet.

Abarth 595 et 695, la gamme 2023
Le retour du 1.4 T-Jet fait rêver, mais l’Euro 7 refroidit vite
Parmi les hypothèses citées, une ressort naturellement : le retour du 1.4 T-Jet. Pour les fidèles d’Abarth, le nom suffit presque à faire remonter les souvenirs. Ce bloc a porté une bonne partie de l’identité moderne de la marque, avec son tempérament brut, son côté un peu excessif, et ce grain mécanique qui faisait oublier bien des défauts de finition ou d’amortissement.
Mais il faut regarder le dossier sans nostalgie facile. Réintroduire un moteur de cette génération dans un contexte réglementaire plus sévère serait un chantier autrement plus lourd qu’un clin d’œil au passé. Le brouillon cite à juste titre la contrainte de l’Euro 7. Et c’est bien là que le rêve bute sur la réalité industrielle : remettre au goût du jour un ancien bloc peut coûter très cher pour un volume de vente incertain.
L’autre idée, celle d’une évolution du trois-cylindres 1,2 litre déjà vu dans un cadre sportif, paraît plus réaliste sur le plan industriel. Elle aurait le mérite de rester dans une logique de groupe, avec une base déjà connue. En revanche, tout dépendrait du niveau de transformation. Car entre une version simplement plus tonique et une vraie Abarth capable de recréer l’effet 595, il y a un gouffre.



Pourquoi cette rumeur dit surtout quelque chose des difficultés actuelles d’Abarth
Si cette hypothèse prend autant de place, ce n’est pas seulement parce que la Grande Panda inspire les designers. C’est aussi parce que les résultats commerciaux jugés peu convaincants des 500e et 600e Abarth nourrissent un doute plus profond sur le positionnement de la marque. Abarth a longtemps vendu du tempérament accessible, du bruit, du répondant, une forme de sportivité populaire. L’électrique change la formule, parfois au point de brouiller le message.
Sur la route, une Abarth ne se résume pas à un chrono ou à une puissance. C’est un caractère. Une manière de rendre une petite auto excessive, presque mal élevée, sans la faire basculer dans l’inutile. Si les modèles récents peinent à convaincre, alors l’idée d’un retour au thermique réapparaît presque mécaniquement. Non comme un caprice de passionnés, mais comme une tentative de recoller à ce que la marque sait raconter de mieux.
Dans ce contexte, la Grande Panda aurait un vrai rôle à jouer. Plus habitable, plus pratique, plus familiale dans l’usage qu’une 500, elle pourrait aussi offrir à Abarth une base plus large commercialement. C’est une piste séduisante, parce qu’elle ne parle pas seulement aux collectionneurs de badges, mais à ceux qui veulent une petite auto expressive au quotidien.
Ce qu’on peut retenir aujourd’hui sur une éventuelle Abarth Grande Panda
- Rien n’est officiel à ce stade sur une Abarth Grande Panda.
- Le modèle a un vrai potentiel esthétique pour une déclinaison sportive.
- La principale difficulté concerne la plateforme et le choix de la motorisation.
- Une solution hybride musclée est évoquée, mais elle poserait la question du poids et du coût.
- Un retour à un moteur thermique plus performant reste possible sur le papier, sans garantie industrielle.
- L’homologation Euro 7 complique fortement le scénario d’un bloc ancien comme le 1.4 T-Jet.
Une idée séduisante, mais pas encore une voiture crédible
À l’usage, une Abarth Grande Panda aurait du sens si elle réussissait à marier style, caractère et vraie consistance mécanique. C’est précisément ce qui manque encore dans cette rumeur : le comment. Le dessin, lui, se devine sans peine. Le positionnement aussi. Mais entre une bonne idée de studio et une petite sportive capable de convaincre sur la route, il reste tout le travail ingrat : moteur, châssis, homologation, prix.
Pour les amateurs de la marque, l’alternative reste simple aujourd’hui : attendre un signal officiel, ou continuer à regarder du côté des anciennes Abarth thermiques si c’est le tempérament brut qui prime. Car le retour du scorpion au sans-plomb est peut-être tentant. Encore faut-il qu’il pique vraiment.
