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Lamborghini LM002 : Le monstre V12 qui a inventé le SUV de luxe

Il y a 40 ans, Lamborghini osait l’impensable : un 4×4 aux allures de tank, propulsé par le V12 de la Countach. Le LM002, baptisé « Rambo Lambo », n’était pas qu’un fantasme de désert, mais le précurseur méconnu des super-SUV actuels. Retour sur cette machine hors normes qui défie encore le temps.

Dans l’univers des supercars, Lamborghini a toujours cultivé l’exagération, le spectacle et la puissance brute. Mais avant même l’Urus, avant que les SUV ne deviennent la norme, la marque au taureau avait déjà frappé un grand coup. En 1986, elle dévoilait le LM002, un véhicule si démesuré, si différent, qu’il en est devenu culte. Retour sur les origines et le destin hors normes de ce 4×4 légendaire qui fête ses quatre décennies.

Des militaires aux dunes : la genèse du LM002

L’histoire du Lamborghini LM002 débute à la fin des années 1970. Lamborghini, alors en quête de diversification, lorgne du côté des véhicules tout-terrain, imaginant un engin capable de séduire les marchés militaires et gouvernementaux, notamment au Moyen-Orient. La première tentative, baptisée Cheetah, voit le jour en 1977. Ce prototype affiche une transmission intégrale et un V8 américain en position centrale arrière. Mais cette configuration pose un problème majeur : sur les terrains meubles et en côte, le train avant devient trop léger, compromettant la précision de conduite.

Lamborghini persiste avec le LM001 en 1981, mais le moteur arrière reste un écueil. Le projet prend un nouveau tournant grâce à l’ingénieur Giulio Alfieri, une figure emblématique de l’automobile italienne. Sous sa houlette, le moteur migre à l’avant, donnant naissance au LMA, pour « Lamborghini Militare Anteriore ». Des essais moteur sont menés : un V12 marin de 7 litres est envisagé, tout comme un diesel VM Motori de 150 ch sur le LM003, mais les performances déçoivent. Finalement, c’est le V12 de la Countach qui s’impose, conférant au LM002 une identité résolument sportive.

Le Lamborghini LM002, un mastodonte aux allures de baroudeur.

Le V12 de la Countach sous le capot : une puissance brute

Le cœur du LM002, c’est bien son V12 de 5,2 litres, directement hérité de la Countach Quattrovalvole. Développant environ 450 chevaux et plus de 500 Nm de couple, ces chiffres, impressionnants en 1986, le plaçaient bien au-dessus de la mêlée des 4×4 de l’époque. Malgré ses 2 700 kg à vide, le « Rambo Lambo » (surnom qui lui collera à la peau) pouvait atteindre 210 km/h en pointe et abattre le 0 à 100 km/h en environ 8 secondes, le tout servi par une boîte manuelle ZF à cinq rapports dotée d’une gamme courte.

La transmission intégrale, avec trois différentiels autobloquants dont un central verrouillable, assurait une motricité redoutable, même dans les conditions les plus extrêmes. Son châssis tubulaire en acier renforcé et ses suspensions indépendantes offraient un débattement généreux et une capacité d’absorption surprenante, bien que sa capacité de franchissement de gué soit limitée à 80 cm.

Le V12 Lamborghini, signature sonore et mécanique du LM002.

Un appétit d’ogre et un réservoir de camion

La consommation du LM002 était, disons-le, astronomique. Comptez 4 km/l en conduite normale, et bien moins sur le sable ou en mode sportif. Pour pallier cet appétit gargantuesque, Lamborghini a eu l’idée simple mais efficace : installer des réservoirs d’une capacité phénoménale. Selon les versions, ils pouvaient contenir entre 160 et 280 litres, offrant une autonomie théorique de près de 1000 km dans des conditions idéales. Une nécessité pour traverser des étendues désertiques sans infrastructure.

Les versions destinées au marché américain, contraintes d’adopter l’injection électronique pour répondre aux normes anti-pollution, ont vu leur réservoir réduit à environ 180 litres pour laisser place aux nouveaux composants du système d’alimentation. Un compromis nécessaire pour conquérir un nouveau marché.

Le réservoir du LM002, une solution radicale pour une autonomie étendue.

Des pneus Scorpion BK : 20 000 euros la monte !

Pour dompter une telle puissance et un tel poids, les pneumatiques du LM002 étaient cruciaux. Pirelli a donc développé le Scorpion BK, un pneu unique conçu pour affronter toutes les conditions : sable, rochers, asphalte brûlant. Sa caractéristique la plus distinctive ? Les fameuses « oreilles », des appendices latéraux permettant au pneu de mieux « flotter » sur le sable, améliorant la précision directionnelle. Sa structure robuste autorisait également des pressions très basses.

Ce pneu historique a été récemment relancé par Pirelli via son programme Collezione. Les dimensions restent inchangées (345/60 R17), mais le prix, lui, a pris une dimension collector : comptez aujourd’hui près de 20 000 euros pour un jeu neuf. Un coût qui témoigne de la rareté et de la spécificité de cette monte.

Les pneus Pirelli Scorpion BK, une technologie spécifique pour le LM002.

Un luxe inattendu et un prix stratosphérique

À l’intérieur, le LM002 délaisse son look militaire pour un luxe étonnant. Cuir, ronce de noyer, climatisation, système audio sophistiqué, et même un téléviseur en option, tout concourait à offrir un confort digne des plus grandes routières. Mais ce luxe avait un prix : en 1987, le Lamborghini LM002 coûtait plus de 169 millions de lires, soit environ 87 000 euros actuels. Un tarif qui n’a cessé d’augmenter jusqu’à la fin de sa production, à seulement 301 exemplaires.

Aujourd’hui, le LM002 est une pièce de collection très recherchée. L’avènement des super-SUV, dont il est le lointain ancêtre, a redonné ses lettres de noblesse à ce modèle hors norme. Les exemplaires en bon état s’arrachent désormais autour de 300 000 euros, et les versions les plus rares ou les mieux conservées peuvent dépasser les 500 000, voire 800 000 euros. Le « Rambo Lambo » est devenu un investissement.

L’habitacle du LM002 : un luxe inattendu pour un véhicule aux allures de tank.

Le bilan du LM002

  • Un pionnier oublié : Le LM002 a ouvert la voie aux SUV de luxe et de performance bien avant que la tendance ne s’impose.
  • Performance brute : Son V12 Lamborghini et ses capacités tout-terrain en font une machine unique, capable de performances sidérantes pour son époque.
  • Consommation et coût : Un appétit démesuré et un prix d’achat et d’entretien qui le réservent à une élite.
  • Valeur de collection : Désormais très recherché, il représente un investissement conséquent pour les amateurs de Lamborghini hors normes.
  • Polyvalence extrême : Capable de rouler vite sur route comme de franchir des obstacles, il reste une icône de la démesure automobile.