Lamborghini n’est pas venu à Rome avec un simple objet de collection, mais avec une démonstration de méthode. En présentant une Miura SV de 1972 restaurée pendant trois ans par son Polo Storico, la marque remet au centre du jeu une question décisive sur les classiques : préserver une icône, est-ce la refaire belle ou la refaire juste ?
À Rome, Lamborghini choisit l’authenticité plutôt que l’effet de vitrine
Dès le début de l’article, une chose saute aux yeux : cette apparition à l’Anantara Concorso Roma relève bien de l’actualité, mais le vrai sujet n’est pas mondain. Dans les faits, Lamborghini a profité de cette première édition organisée du 16 au 19 avril pour montrer le travail récent de son département historique, au cœur d’un rendez-vous qui réunissait collectionneurs, restaurateurs et constructeurs de voitures anciennes.
Le choix de la Miura n’a rien d’anodin. La marque l’inscrit dans le contexte du 60e anniversaire du modèle, avec un exemplaire de 1972 remis en état par le Lamborghini Polo Storico. En clair, on n’est pas face à une auto polie à la va-vite pour briller sous les palais romains : Lamborghini veut rappeler qu’une légende se défend aussi dossier d’archives à la main. Pour suivre d’autres actualités automobiles récentes, le parallèle est intéressant : ici, la communication passe par la preuve.
Une restauration de trois ans fondée sur les archives, pas sur l’interprétation
La donnée essentielle, c’est la méthode. Cette Miura SV est arrivée à Sant’Agata Bolognese fin 2023 dans une configuration jugée non conforme à son état d’origine. Le Polo Storico a donc engagé une restauration sur trois ans avec un objectif clair : retrouver la voiture telle qu’à la livraison, en s’appuyant notamment sur sa fiche de production d’origine.
C’est là que l’opération prend du relief. Restaurer une supercar des années 1970 peut vite tourner au piège esthétique : on corrige, on modernise, on simplifie, et l’on finit par fabriquer une belle copie d’elle-même. Lamborghini dit avoir analysé les composants pertinents un par un, puis remis l’auto dans sa configuration correcte lorsque c’était nécessaire. L’authenticité du véhicule a ensuite été certifiée. Reste que la marque ne détaille pas ici l’intégralité des travaux poste par poste, ni l’état exact de chaque pièce avant intervention.
Carrosserie, échappement, écrous centraux : les détails font la vraie différence
Sur une Miura, tout le monde regarde la ligne. Les connaisseurs, eux, regardent ce qui dépasse à peine. Lamborghini précise avoir repris plusieurs éléments de carrosserie, dont les prises d’air, les grilles de ventilation et certains appendices spécifiques. Des composants techniques comme les écrous de roue à serrage central et le système d’échappement ont également été remis en conformité avec les spécifications d’époque.
Ce sont justement ces détails qui séparent une restauration sérieuse d’une restauration décorative. Une Miura SV, ce n’est pas seulement un profil sensuel posé sur quatre roues : c’est un ensemble cohérent, avec ses codes, ses pièces et ses tolérances visuelles. À l’usage d’un concours, cela change tout. Une auto historiquement juste se lit comme un document roulant, là où une restauration approximative ressemble parfois à un costume trop neuf pour être honnête.

Lamborghini Miura SV (1972) à l’Anantara Concorso Roma

Lamborghini Miura SV (1972) à l’Anantara Concorso Roma

Lamborghini Miura SV (1972) à l’Anantara Concorso Roma
L’habitacle raconte la même rigueur, jusque dans la teinte d’origine
Le travail ne s’est pas arrêté à la coque. L’habitacle a lui aussi été reconstruit à partir de configurations contemporaines du modèle. Lamborghini évoque une remise en conformité de la préparation pour la climatisation, des ajustements sur les commandes et un retour à la couleur d’origine. Là encore, la logique reste la même : revenir à la vérité de l’auto, pas à une vérité arrangée.
La peinture « Luci del Bosco » et la sellerie dans le ton « Senat » ont été retenues à partir de références historiques, alors même que ces spécifications ont évolué au fil des années de production. C’est un point important. Sur ce type de modèle, une nuance de peinture ou une combinaison intérieure mal datée peut fausser toute la lecture de l’auto. Dit autrement, l’intérieur n’est pas un décor : c’est une pièce d’archive avec des sièges.
La Miura sert aussi de vitrine au savoir-faire du Polo Storico
Au-delà de la voiture elle-même, Lamborghini met clairement en scène le rôle de son Polo Storico. La marque ne se contente plus d’entretenir son passé : elle le certifie, le documente et l’encadre. C’est devenu un levier de crédibilité dans l’univers des classiques, où l’authenticité pèse souvent aussi lourd que la rareté. Une belle restauration séduit l’œil ; une restauration documentée rassure le marché.
Cette opération dit aussi quelque chose de l’époque. Les départements patrimoine des constructeurs sont désormais des arbitres autant que des ateliers. Ils valident les origines, recoupent les archives, tracent les configurations. Le revers, c’est que tout dépend de la qualité des documents disponibles, et Lamborghini ne précise pas ici jusqu’où vont les éléments conservés sur cet exemplaire précis. Le cadre est sérieux, mais il n’efface pas toutes les zones grises qu’une auto de plus de cinquante ans peut traîner derrière elle.
Autour de cette SV, Lamborghini rappelle que la Miura reste un mythe vivant
L’exposition romaine ne se limitait pas à cet exemplaire restauré. Trois autres Lamborghini historiques appartenant à des propriétaires privés ont participé au concours : deux Countach 25th Anniversary et une Miura P400. Cette dernière a retenu l’attention pour son lien avec The Italian Job, avec à la clé un prix dans sa catégorie et une distinction spéciale liée à l’histoire du cinéma.
Ce rappel n’est pas accessoire. Il montre que la Miura continue d’exister sur deux plans à la fois : comme objet de collection très codifié, et comme icône culturelle qui dépasse le simple cercle des amateurs. Lamborghini précise d’ailleurs que la Miura P400 associée au film n’a pas été détruite, contrairement à une idée répandue, et que son identité a été confirmée par le Polo Storico. Une restauration et une certification avaient déjà été réalisées dès 2019 pour l’anniversaire du film. Autrement dit, chez Lamborghini, la mémoire ne se contente pas de raconter : elle authentifie.

Lamborghini Miura P400 (1969) de « The Italian Job »
En résumé
- Lamborghini a présenté à Rome une Miura SV de 1972 restaurée par son Polo Storico.
- La restauration, menée sur trois ans, visait un retour à l’état d’origine à la livraison.
- Le travail s’est appuyé sur des archives, dont la fiche de production, puis sur une certification d’authenticité.
- La carrosserie, certains éléments techniques et l’habitacle ont été remis en conformité avec les spécifications d’époque.
- L’opération sert aussi à mettre en avant le rôle stratégique du Polo Storico dans la préservation du patrimoine Lamborghini.
- La présence d’une Miura P400 liée à The Italian Job a renforcé la portée historique de l’exposition.
Au fond, cette Miura SV rappelle une évidence que le marché des classiques oublie parfois : restaurer une icône n’a d’intérêt que si l’on respecte ce qu’elle a été. Pour les collectionneurs, l’enseignement est clair : la valeur ne tient pas seulement à l’état ou au prestige du blason, mais à la justesse de la configuration. Et pour ceux qui regardent ces autos de loin, cette Lamborghini vaut surtout comme repère : entre une ancienne simplement refaite et une ancienne historiquement reconstruite, l’écart est immense.



