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Ces concepts automobiles audacieux qui ont précédé leur temps

Certains constructeurs ont eu le nez fin, proposant des idées novatrices bien avant que le marché ne soit prêt. Du monospace au coupé-cabriolet, en passant par le SUV avant l’heure et la citadine électrique, ces pionniers ont souvent essuyé les plâtres, leurs créations tombant dans l’oubli avant d’inspirer les succès de demain.

Six places dans un gabarit compact avec une carrosserie monovolume, le Fiat 600 Multipla avait déjà tout du monospace. © DR

Être trop en avance sur son temps, c’est un peu comme avoir raison trop tôt : cela ne garantit en rien le succès. L’histoire de l’automobile regorge d’exemples de concepts audacieux, de technologies prometteuses ou de designs avant-gardistes qui, malgré leur pertinence, n’ont pas trouvé leur public. Ces pionniers, souvent méconnus aujourd’hui, ont pourtant jeté les bases de ce qui allait devenir la norme quelques années, voire quelques décennies plus tard. Leurs idées étaient bonnes, mais le marché, les mentalités ou la technologie n’étaient tout simplement pas encore prêts à les accueillir.

Fiat 600 Multipla : le monospace avant l’heure

Si le monospace a connu son heure de gloire avec des modèles comme le Chrysler Voyager ou le Renault Espace dans les années 80, l’idée d’un véhicule familial compact et modulable germait bien plus tôt. Dès 1956, Fiat dévoilait la 600 Multipla. Basée sur la petite berline 600, cette version revisitée proposait une carrosserie monocorps capable d’accueillir six personnes sur trois rangées de sièges, le tout dans à peine plus de 3,50 mètres de long. Une prouesse d’optimisation spatiale qui préfigurait le concept de monospace, bien avant que le terme n’existe.

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Une berline modifiée pour transporter la famille, ce sera la recette retenue par Fiat pour son 600 Multipla puis par de nombreux autre constructeurs pour le monospace. © DR

Avec sa configuration innovante, le Fiat 600 Multipla offrait une polyvalence inédite pour l’époque, le tout dans un gabarit contenu. Une recette qui inspira bien des constructeurs par la suite.

Sous le capot, pas de révolution : un petit quatre-cylindres de 600 cm3 développant 21 chevaux, suffisant pour atteindre 90 km/h. Malgré ses performances modestes, le Fiat 600 Multipla a rencontré un succès honorable en Italie, avec 240 000 exemplaires vendus. Suffisamment pour prouver la pertinence du concept, mais pas assez pour lancer une véritable mode auprès des autres constructeurs, qui resteront frileux face à cette proposition atypique.

Peugeot 401 Eclipse : le toit ouvrant rétractable, une idée de génie

Au milieu des années 30, la Peugeot 401 n’était qu’une berline parmi d’autres. Mais une collaboration audacieuse entre un dentiste passionné d’automobile, Georges Paulin, le carrossier Marcel Pourtout et le concessionnaire Émile Darl’mat, allait donner naissance à une innovation majeure : le premier coupé-cabriolet à toit rigide rétractable. Breveté en 1933, ce système ingénieux permettait de faire disparaître le toit métallique dans le coffre en quelques secondes, transformant la voiture d’un coup de bouton.

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Avec son toit rigide escamotable électrique, le coupé Peugeot 401 est très moderne en 1935. © DR

Le système de toit rétractable électrique de la Peugeot 401 Eclipse, présenté en 1935, était une véritable prouesse technique pour l’époque.

Baptisée Eclipse, cette 401 découvrable était une merveille technologique, offrant le plaisir du cabriolet sans les inconvénients d’une capote en toile. Malheureusement, sa complexité et son coût de fabrication élevé limitèrent sa production à seulement 15 exemplaires. L’idée, pourtant brillante, ne sera reprise et popularisée que bien des décennies plus tard, notamment par la Mercedes SLK et la Peugeot 206 CC à la fin des années 90, lançant une mode durable.

Renault Colorale : le précurseur du SUV ?

Aujourd’hui, les SUV envahissent nos routes, mais Renault avait déjà anticipé cette tendance dès les années 50. La marque proposait alors la Colorale, un véhicule dérivé de la Prairie, un break robuste conçu pour les familles nombreuses et les usages professionnels. La Colorale se distinguait par sa polyvalence : disponible en break, pick-up, fourgonnette ou plateau, elle pouvait même être équipée de quatre roues motrices.

Disponible en deux ou quatre roues motrices, la Renault Colorale à mi-chemin entre le break et le tout terrain était en quelque sorte le SUV des années 50. © Renault

Avec sa garde au sol rehaussée et ses capacités tout-terrain, la Renault Colorale de 1950 préfigurait déjà l’esprit du SUV moderne.

Ce break surélevé, capable d’affronter les chemins difficiles tout en transportant toute la famille et ses bagages, possédait déjà de nombreux attributs du SUV moderne. Cependant, la Colorale souffrit de handicaps : jugée trop lourde et sous-motorisée par les professionnels, elle pâtissait également d’une fiscalité pénalisante et d’une consommation élevée pour le grand public. Malgré ses 43 000 exemplaires vendus, elle ne connut pas le succès escompté et fut rapidement retirée du marché, laissant le champ libre à des concepts plus conventionnels.

Citroën AX Électrique : une vision précoce de la mobilité zéro émission

Alors que la Citroën ë-C3 s’impose aujourd’hui comme une référence des voitures électriques abordables, la marque aux chevrons avait déjà exploré cette voie dès les années 90 avec l’AX électrique. Le groupe PSA travaillait sur l’électromobilité depuis bien plus longtemps, avec des expérimentations remontant aux années 70 et une série de prototypes sur base de Peugeot 205 au début des années 80.

l'AX électrique était reconaissable avec sa trappe de recharge sur l'aile avant droite. © Citroën

L’Citroën AX électrique, lancée en 1995, offrait une autonomie de 70 km et une recharge complète en 8 heures, des caractéristiques modestes pour l’époque.

Lancée pour le grand public en 1995, après une phase réservée aux administrations, l’AX électrique affichait des performances modestes : 27 chevaux, 90 km/h de pointe et une autonomie d’environ 70 km en cycle urbain. La recharge complète prenait 8 heures sur une prise domestique. Malgré cette proposition précoce, le marché n’était pas encore prêt pour une citadine électrique aussi limitée. Avec seulement 694 exemplaires vendus, elle fut un échec commercial cuisant, bien que l’expérience ait été renouvelée avec la Saxo.

Ce qu’il faut retenir

  • Pionniers incompris : Ces quatre véhicules illustrent parfaitement le défi d’être un précurseur dans l’automobile.
  • Concepts validés plus tard : Le monospace, le coupé-cabriolet, le SUV et la voiture électrique ont tous connu un succès retentissant des années après leurs premières apparitions.
  • Facteurs d’échec : Coût de production élevé, technologie immature, consommation, fiscalité ou simples mentalités du marché ont souvent freiné ces innovations.
  • Héritage : Malgré leurs échecs commerciaux, ces modèles ont marqué l’histoire en prouvant la viabilité de concepts qui allaient révolutionner l’industrie.
  • Leçons pour l’avenir : L’histoire montre que l’innovation seule ne suffit pas ; elle doit s’accompagner d’un marché réceptif et d’une technologie aboutie.