L’organisme à l’origine du scandale du Dieselgate épingle cette fois les hybrides rechargeables. Une étude de l’ICCT révèle des écarts de consommation ahurissants entre les chiffres officiels et l’usage réel, plaçant les modèles Mercedes en tête des mauvais élèves européens. Pire, ces différences semblent s’aggraver avec le temps.
L’OBFCM, le témoin indélicat de nos consommations réelles
Voilà une première qui ne va pas arranger l’image des hybrides rechargeables. L’International Council on Clean Transportation (ICCT), le think tank américain qui avait mis au jour le scandale du Dieselgate, vient de publier une étude décapante sur la consommation réelle de ces modèles en Europe. Pour la première fois, l’organisme a pu s’appuyer sur les données de l’OBFCM (On Board Fuel Consumption Monitor), ce système de mesure de consommation embarqué obligatoire sur les véhicules neufs depuis quelques années. Un véritable témoin des habitudes de conduite, bien loin des conditions idéales des tests d’homologation.
Les chiffres collectés entre 2021 et 2023 dressent un portrait peu flatteur : les hybrides rechargeables (PHEV) affichent des consommations bien supérieures à celles annoncées, et ce, de manière spectaculaire. Si le Dieselgate était une tricherie délibérée des constructeurs, ici, le problème semble plus subtil. Il réside dans un cycle d’homologation qui ne reflète plus la réalité de l’usage, et surtout, dans le comportement des utilisateurs qui ne jouent pas le jeu du rechargement.
Des écarts vertigineux, bien loin des hybrides classiques
Si l’on compare avec les hybrides non rechargeables (HEV), les écarts entre homologation et réalité sont déjà conséquents. L’ICCT pointe du doigt BMW et Renault, avec des différences pouvant atteindre 28 % pour leurs modèles hybrides. Une valeur qui paraît dérisoire face à ce que subissent les PHEV. Ces derniers voient leur consommation réelle exploser, parfois au-delà de 300 %, voire 600 % dans les cas les plus extrêmes.
L’étude révèle que les propriétaires de Kia seraient parmi ceux qui rechargent le plus leur véhicule, minimisant ainsi l’impact de la consommation de carburant. Mais même pour eux, l’écart entre le chiffre annoncé et la réalité reste colossal, oscillant entre 161 % et 265 %. Autant dire que pour les autres, le bilan est encore plus sombre.

Les hybrides rechargeables, populaires chez les constructeurs premium, sont dans le viseur de l’ICCT.
Mercedes, champion incontesté des consommations fantaisistes
La palme de la plus grande différence entre consommation homologuée et consommation réelle revient sans conteste aux Mercedes hybrides rechargeables. L’ICCT a relevé des écarts allant de 329 % à un stupéfiant 614 %. Concrètement, cela signifie que certains modèles de la marque à l’étoile, annoncés pour consommer à peine 1 à 2 litres aux 100 km, peuvent en réalité en dévorer près de 8 litres sur le même parcours. Des chiffres qui font froid dans le dos et qui interrogent sur la pertinence de ces motorisations pour l’environnement.
Ce phénomène est d’autant plus surprenant que les constructeurs ont tendance à augmenter la taille des batteries sur leurs modèles PHEV, dans l’espoir d’améliorer l’autonomie électrique et donc la consommation globale. Pourtant, les données de l’ICCT montrent que cette évolution technologique ne suffit pas à compenser le manque de recharge de la part des utilisateurs. L’organisme constate même une augmentation moyenne des écarts entre 2021 et 2023, passant de 265 % à 401 %.

Les modèles hybrides rechargeables de Mercedes affichent les plus grands écarts de consommation selon l’ICCT.
Le comportement des conducteurs, clé du problème
« Les constructeurs affirment que les conducteurs parcourent de plus en plus de kilomètres en mode électrique, mais les données ne le confirment pas », déplore le directeur Europe de l’ICCT. Cette déclaration met le doigt sur le cœur du problème : l’usage. L’hybride rechargeable n’est réellement vertueux que s’il est rechargé fréquemment, permettant ainsi de rouler le plus possible en mode électrique. Or, il semblerait que de nombreux propriétaires utilisent leur PHEV comme une simple voiture thermique, profitant de la puissance combinée des deux moteurs sans en assumer les contraintes de recharge.
Certains constructeurs, comme BMW, ont tenté de mettre en place des incitations pour encourager la recharge. Mais ces mesures semblent insuffisantes face à des habitudes de consommation bien ancrées. Face à ces constats, les autorités européennes envisagent de réviser les cycles d’homologation pour mieux coller à la réalité. L’évolution vers des systèmes de monitoring plus stricts, potentiellement étendus aux véhicules 100% électriques dans le cadre de la norme Euro 7, pourrait bien marquer un tournant.
Hybrides rechargeables : le bilan mitigé
- Des consommations réelles bien supérieures aux chiffres officiels : Les écarts peuvent atteindre plusieurs centaines de pourcents, rendant l’avantage écologique des PHEV discutable.
- Mercedes en tête des mauvais élèves : La marque à l’étoile enregistre les plus grands écarts de consommation, allant jusqu’à plus de 600 %.
- Le comportement des utilisateurs en cause : Le manque de recharge fréquente des batteries est le principal facteur expliquant ces dérives.
- Un cycle d’homologation à revoir : Les tests actuels ne reflètent plus l’usage réel des véhicules hybrides rechargeables.
- Vers un monitoring plus strict : L’Union Européenne pourrait renforcer le contrôle des consommations, y compris pour les véhicules électriques.
- L’alternative électrique s’impose : Pour une réelle transition écologique, le 100% électrique, utilisé intelligemment, reste la solution la plus pertinente.




