Le circuit de Barcelone, cher au cœur de nombreux pilotes, est sous le feu des critiques. Après un spectaculaire accident de Jorge Martín, Pecco Bagnaia pointe du doigt un revêtement « désastreux » et une adhésion aux règles qui laisse à désirer. Le champion du monde exhorte ses pairs à plus de responsabilité.
La chute de Jorge Martín lors des essais du Grand Prix de Catalogne a rappelé les dangers inhérents au MotoGP. Bien que le pilote espagnol s’en soit sorti avec un hématome à l’avant-bras, les images de sa désorientation après le choc ont suffi à inquiéter. Son team manager a précisé que sa machine, après avoir rebondi sur un airfence, avait heurté le pilote, un détail non visible sur les premières vidéos. Martín lui-même a qualifié l’incident de « dangereux » et « effrayant », évoquant même le souvenir tragique de Luis Salom sur cette même piste il y a dix ans.
Dans ce contexte, les déclarations de Pecco Bagnaia, champion du monde en titre, prennent une résonance particulière. Fidèle à son franc-parler, le pilote Ducati n’a pas mâché ses mots pour décrire l’état de la piste barcelonaise, malgré son attachement historique au circuit.
Barcelone : un circuit magnifique, un asphalte désastreux
Pecco Bagnaia a dressé un constat sans appel : « Ça fait au moins six ans que la situation est assez particulière », a-t-il confié à la presse italienne, dont Motorsport.com. « Je pense que c’est une des plus belles pistes qui existent. Par rapport à comment il est structuré, aux tribunes, à comment il est fait, je pense que c’est le plus beau circuit qu’il y ait, mais totalement gâché par le grip. L’asphalte est désastreux, il n’y a pas d’adhérence, on n’arrive à rien faire. Quand on essaye de pousser comme on veut, on tombe. » Une analyse qui éclaire la chute de Martín : « Ce matin, Martín n’a rien fait d’exceptionnel : il est entré dans le virage, sa trajectoire était peut-être un peu plus large et il a perdu le contrôle, et il a tapé fort dans l’airfence. »
Le pilote italien a également souligné que le problème ne se résoudrait pas par de simples discussions lors de la commission de sécurité. « On a la commission de sécurité dans cinq minutes et, en en parlant, on va peut-être réussir à pousser un peu plus. Mais le problème ne dépend pas tant de la commission de sécurité, mais de l’organisation et du propriétaire du circuit, qui décide quoi faire, alors c’est compliqué. »
La commission de sécurité, un devoir citoyen boudé par les pilotes
Bagnaia a ensuite abordé un autre sujet qui lui tient à cœur : la faible participation aux réunions de la commission de sécurité. Souvent considéré comme un rendez-vous incontournable pour les pilotes souhaitant faire entendre leur voix auprès des instances dirigeantes, ce forum voit son audience se réduire comme peau de chagrin. « Plus personne ne vient… Comment peut-on imaginer que quelque chose peut fonctionner si on n’essaye même pas ? Pour moi, c’est vraiment nul », a-t-il déploré.
Il a rappelé l’importance de ces réunions, les comparant à un devoir civique : « La semaine dernière au Mans, on était trois à la commission de sécurité, alors que celle-ci était à mon avis importante compte tenu du fait qu’une règle a été ajoutée en cours de route. » Il fait ici référence à la modification du règlement intervenue après le retour au stand controversé de Marc Márquez à Jerez, une décision qui, selon lui, aurait dû être prise en fin de saison et non en cours de championnat.
Des règles fluctuantes, un manque de constance préjudiciable
Le champion du monde a fermement critiqué l’ajout de règles en cours de saison, arguant que cela créait une injustice. « Si on ajoute une règle, c’est à la fin de l’année, pas en cours de saison. Parce que ça peut arriver à n’importe qui de tomber et de devoir rentrer au box en passant par la pitlane de cette façon-là. Or, à la course précédente, un pilote a marqué 12 points en faisant ça, alors qu’à la suivante il aurait pris un ride-through. Ça n’est pas correct. »
Il regrette le manque de mobilisation de ses confrères pour faire entendre ce type d’arguments : « Il fallait pousser un peu [sur le sujet] mais on était trois. On était tous extrêmement d’accord, mais… »

Pecco Bagnaia appelle les pilotes à leurs responsabilités.
L’appel de Bagnaia : « Si on était nombreux, les choses se feraient »
Le pilote Ducati insiste sur le fait que la solution réside dans une participation plus large : « C’est dommage que certains disent qu’ils n’ont pas le temps d’aller à la commission de sécurité. Ça n’est pas vrai que les choses ne se font pas : si on était nombreux, elles se feraient, mais le problème c’est qu’ils n’ont pas le temps de venir. »
Face à ceux qui proposent la nomination d’un représentant des pilotes, Bagnaia préfère rappeler chacun à ses devoirs : « Déjà, qu’ils viennent à la commission de sécurité. Parce que si on dit les choses que dirait un représentant, qu’est-ce que ça change ? Rien. » Il se souvient d’une tentative passée de mettre en place un tel système, qui n’a pas abouti faute d’un consensus suffisant, certains constructeurs comme KTM s’y opposant. Pour lui, la clé réside dans l’engagement collectif et immédiat de tous les pilotes.
Ce qu’il faut retenir de la critique de Bagnaia
- Asphalte dégradé : Le circuit de Barcelone souffre d’un manque d’adhérence chronique, rendant la piste dangereuse et imprévisible.
- Critique structurelle : La responsabilité incombe aux organisateurs et propriétaires du circuit, et non aux instances de sécurité seules.
- Commission de sécurité sous-utilisée : L’absence de nombreux pilotes affaiblit la portée des décisions et l’impact des discussions.
- Règlement instable : L’ajout de règles en cours de saison est jugé injuste et préjudiciable à la compétition.
- Responsabilité collective : Bagnaia appelle ses pairs à une participation plus active pour améliorer la sécurité et la réglementation du MotoGP.



