Takamoto Katsuta a signé le meilleur temps de la super spéciale d’ouverture du Rallye des îles Canaries et prend les commandes avant la vraie bataille. Un signal, pas encore un verdict : sur moins de deux kilomètres, le chrono compte, mais il dit encore peu de chose d’un week-end qui basculera surtout sur les spéciales de vendredi.

Le décor est posé pour le championnat du monde des rallyes : après la Croatie, la saison sur asphalte enchaîne avec une manche canarienne qui ne ressemble à aucune autre en ouverture. Ici, la première hiérarchie s’est dessinée dans un stade, entre blocs de béton, duel en parallèle et saut artificiel. En clair, un exercice spectaculaire, mais trop court et trop atypique pour livrer une tendance solide sur le fond.

Katsuta prend la tête, mais l’ES1 ne raconte qu’un début d’histoire

Jeudi soir, Takamoto Katsuta a donc empoché la mise sur l’ES1. Le pilote japonais devance Sami Pajari de quatre dixièmes et s’offre le premier rôle au classement général, avec Roberto Daprà juste derrière, belle surprise venue du WRC2. Sébastien Ogier pointe sixième à 1”4, à égalité avec Adrien Fourmaux. À ce stade, l’écart tient presque dans un souffle.

Dans les faits, cette entrée en matière récompense surtout l’aptitude à se mettre immédiatement dans le bon tempo sur un tracé très particulier. C’est utile pour la confiance, évidemment. Mais en rallye, une super spéciale d’ouverture peut aussi ressembler à un générique de film : elle plante l’ambiance, pas forcément le scénario.

Une super spéciale pensée pour le public, pas pour hiérarchiser le plateau

Le format de cette ES1 disait tout de sa nature. Moins de deux kilomètres à Las Palmas, un passage en confrontation deux par deux, un parcours installé dans un stade de Grande Canarie et une succession d’obstacles artificiels à contourner. Le but était clair : offrir du spectacle, rapprocher les autos du public, et lancer l’épreuve avec un habillage fort.

Reste que ce type de tracé déforme un peu la lecture sportive. On n’y juge ni la gestion des pneus sur la longueur, ni la constance, ni la capacité à lire une route qui évolue. On parle davantage de placement, de relance, de précision immédiate. C’est spectaculaire, oui, mais ce n’est pas encore l’asphalte des Canaries dans sa vérité brute.

Le saut artificiel rappelle que le show peut aussi brouiller le message

Plusieurs pilotes ont d’ailleurs souligné la violence de la réception sur le saut artificiel installé pour cette super spéciale. Le détail n’a rien d’anecdotique. Quand les vertèbres entrent dans la conversation dès le jeudi soir, on comprend vite que le spectacle a pris un peu de place dans l’équation.

Ce n’est pas nouveau en WRC : les organisateurs cherchent des formats télégéniques, courts, lisibles, faciles à vendre à un public large. Mais le vrai sujet, c’est l’équilibre. Si l’ouverture devient trop artificielle, elle finit par produire une image assez floue du niveau réel. Et dans une discipline où le pilotage se joue au millimètre, ce flou n’est jamais totalement neutre.

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Vendredi change tout : sept spéciales pour sortir du décor de stade

La première vraie lecture du rallye arrivera vendredi, avec une journée autrement plus dense : sept spéciales sont annoncées. C’est là que l’épreuve commencera vraiment à trier les ambitions, à révéler les réglages efficaces et à exposer les petites failles. Sur un rallye asphalte, le rythme se construit spéciale après spéciale, pas sur un tour de piste aménagé.

Katsuta partira en leader et ouvrira la route lors de la première boucle à 9 h 25, heure française. C’est une donnée à surveiller, même si le brouillon ne donne pas davantage d’éléments sur l’état des routes ou l’effet potentiel de cette position de départ. À l’usage, c’est vendredi matin que l’on saura si sa dynamique récente se prolonge vraiment, ou si cette première place n’était qu’un feu vert allumé très tôt.

Ogier et Fourmaux restent en embuscade, Daprà signe la surprise du soir

Derrière le leader provisoire, les écarts restent suffisamment serrés pour interdire toute conclusion hâtive. Ogier, sixième à 1”4, n’a strictement aucune raison de s’alarmer. Même logique pour Fourmaux, exactement dans le même temps. Sur une manche qui s’étire ensuite sur de vraies spéciales, ce retard est presque cosmétique.

La présence de Roberto Daprà aux avant-postes apporte en revanche une première touche d’inattendu. Voir un pilote issu du WRC2 se mêler au haut de la feuille de temps, même sur une super spéciale très atypique, rappelle à quel point ce format peut produire des classements surprenants. C’est la beauté du sprint. Sa limite aussi.

Ce qu’il faut retenir avant la vraie bataille canarienne

Après cette ES1, il faut donc résister à la tentation du raccourci. Katsuta a fait le travail, proprement et vite. Mais le Rallye des îles Canaries n’a pas encore livré sa substance. La hiérarchie reste légère, presque en suspension, comme si le championnat avait tiré un premier coup d’accélérateur sans encore passer la vitesse supérieure.

  • Takamoto Katsuta est le premier leader du rallye après l’ES1.
  • Il devance Sami Pajari de quatre dixièmes.
  • Roberto Daprà crée la surprise en se glissant devant plusieurs références.
  • Sébastien Ogier est sixième à 1”4, à égalité avec Adrien Fourmaux.
  • La super spéciale, très courte et très artificielle, reste peu représentative.
  • Le vrai test sportif débutera vendredi avec sept spéciales au programme.

Conclusion utile : pour suivre cette manche canarienne, mieux vaut considérer cette ouverture comme un prologue spectaculaire plutôt que comme un juge de paix. La performance de Katsuta mérite d’être saluée, mais elle demandera confirmation sur la longueur. L’alternative, pour le lecteur pressé, est simple : attendre la première boucle de vendredi pour distinguer les vrais candidats à la victoire de ceux qui ont simplement bien négocié l’exercice de lancement.

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